Premier Mémoire, Œuvres, VII
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Mais le système de Condoreet ne semble-t-il pas lacculer à un dîlemne fâcheux. Soumettra- t-on les enfants pauvres auK mêmes conditions d'entrée, ou les recevra-t-on sans bourse délier? Dans le premier cas, c'est commettre une injustice à leur égard, et imprimer à la maison d'éducation un caractère nettement aristocratique. Dans le second, le contact de ces écoliers peu fortunés ne rebutera-t-il pas leurs camarades plus heureux? Condoreet estime qu'il est possible d'obvier à ces deux difficultés. Que la gratuité demeure une exception, que les exonérations soient accordées aux sujets reconnus les plus méritants par la voie du concours, et non pas aux sujets les plus miséreux, et toutes les objections tombent d'elles-mêmes. L'admission gratuite, au lieu de sembler une tare à quelques-uns, paraîtra à tous un honneur insigne, et même les élèves riches qui n'auront pas voulu participer au concours, seront jaloux de fréquenter un établissement où, au vu et su de tous, vit l'élite de la jeunesse. Quant aux enfants pauvres, ceux qui seront sortis victorieux de l'épreuve arriveront parmi leurs camarades avec le prestige de leur succès, qui fera oublier leur naissance, la médiocrité de leur état; et ceux qui auront succombé ne pourront pas se plaindre. « La pauvreté sans mérite ne confère aucun droit social '. »
IV. — L'enseignement du deuxième degré ne conduit l'enfant ni jusqu'à une instruction assez avancée, ni jusqu'à un âge assez mur pour qu'il soit possible de voir on lui le dernier échelon des études. Il convient au contraire d'édifier au dessus de lui un troisième ordre d'élablissements scolaires. Cet enseignement, qui sera donné exclusivement aux chefs-lieux des déparlements, ressemble fort au précédent. Aussi Condoreet n'y insiste-t-il guère, et nous n'y insisterions pas davantage, si l'auteur, dans cette partie de son œuvre, n'avait été amené à parler des langues anciennes. Plus ennemi qu'aucun de ses devanciers de la culture classique, Condoreet refuse de lui faire place à aucun degré dans l'instruction commune. « Si les esprits, écrit-il, ont renoncé au joug de l'autorité, si désormais on doit croire ce qui est prouvé, et non ce qu'ont pensé autrefois les docteurs d'un autre pays, si l'on doit se conduire d'après la raison, et non d'après les préceptes ou l'exemple