LE TROISIÈME DEGRÉ
des anciens peuples, si les lois, devenant l'expression de la volonté générale qui elle-même doit être le résultat des lumières communes, ne sont plus les conséquences de lois établies jadis par des hommes qui avaient d'autres idées ou d'autres besoins, comment renseignement des langues anciennes serait-il une partie de rinstruction générale? Elles sont utiles, dira-t-on, aux savants, à ceux qui se destinent à certaines professions ; c'est donc à cette partie de Tinstruction qu'elles doivent être renvoyées. Le goût, ajoutera-t-on, se forme par l'étude des grands modèles, mais le goût, porté à ce degré où l'on a besoin de comparer les productions des différents siècles et des langues diverses, ne peut être un objet important pour une nation entière... Je demanderai si le danger de s'égarer à leur suite, de prendre auprès d'eux des sentiments qui ne conviennent ni à nos lumières, ni à nos institutions, ni à nos mœurs ne doit pas l'emporter sur l'inconvénient de ne pas connaître leurs beautés ^ » Et, ce qui soulignera mieux révolution accomplie, le plus important des cours obligatoires est un cours de politique.
V. — Les établissements du troisième degré sont les dernières écoles d'instruction commune qu'il convienne d'instituer. Quand l'élève en sort, il a vingt et un ans ; c'est un homme que la vie réclame. S'il poursuit ses études, il se spécialise ; par la force des choses, il devient riiomme d'un art, ou d'une science. Est-ce à dire pourtant, qu'une fois sortis des classes, les anciens élèves n'aient plus besoin d'étudier et d'apprendre? Évidemment non. Le monde change, la science progresse et l'homme oublie. Sans doute il sera loisible à ceux, qui auront suivi d'un bout à l'autre la filière des établissements publics, de se documenter par euxmêmes, grâce à la lecture de livres bien choisis, de se tenir au courant des progrès accomplis par le génie humain. Mais que feront les autres, qui, moins doués, ou forcés de suffire plus tôt à leur existence, se sont arrêtés à la deuxième, et surtout à la première étape du chemin ; qui, moins armés, ont été de meilleure heure, obligés de lutter contre l'influence déprimante de la vie ; qui ne savent pas assez, qui ne sont pas assez forts d'intelligence pour s'instruire seuls et sans guide? Tous ont besoin