LE THÉÂTRE ET LES FÊTES POPULAIRES
position du public les instruments de travail nécessaires, il doit aider au développement de tout ce qui peut, indirectement, servir la cause de Tinstruction populaire. Les spectacles, les fêtes, les arts exercent sur les esprits une action moralisatrice et éducative extrêmement puissante, quoique détournée *. Le théâtre exerce sur les spectateurs une influence notoire ; TÉtat ne saurait se désintéresser de ce moyen d'action, ni Tabolir: il a le droit de réprimer la licence, le devoir de respecter la liberté*. De même qu'aux représentations théâtrales, Condorcet attache une grande valeur aux fêtes populaires. Celles-ci attirent toujours un jçrand concours de peuple: il faut en tirer parti, pour répandre certaines vérités morales, certains faits importants, pour développer l'instruction des citoyens. Condorcet recommande donc de commémorer les grands anniversaires historiques par des solennités nationales^. Celles-ci comprendraient des jeux, des mouvements gymniques, afin de délasser et de fortifier les corps, mais aussi une partie morale et éducative ; on y proclamerait les noms, on y raconterait sommairement la vie des grands bienfaiteurs de l'humanité ; on y récompenserait publiquement les auteurs des inventions utiles; on ferait entendre aux assistants une œuvre théâtrale, composée spécialement à cette fin, très claire, très peu compliquée, qui comporterait, avec des mouvements de figurants, une leçon morale élémentaire. Et pour consolider l'action du théâtre et des fêtes, Condorcet demande enfin à l'État de protéger les arts et les artistes, car les belles choses recèlent en elles une vertu insigne ; elles forment le goût et élèvent l'idéal de ceux qui les contemplent ^
Toute cette partie du troisième mémoire est, on en conviendra, des plus intéressantes, non seulement par elle-même, mais par les rapprochements qu'elle provoque avec notre époque. Condorcet s'y révèle comme le précurseur du grand mouvement