‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 34 sur 520 · CARACTÈRE DE CONDORCET · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE CONDORCET

les imaginaient point, les insinuations perfides et calomnieuses. Ainsi se constitua autour de lui comme une légende mauvaise, qui trouve encore créance de nos jours, même auprès d'hommes qu'on se serait attendu à rencontrer parmi les défenseurs du philosophe^: il convient de s y arrêter un instant pour en faire décidément justice.

Les ennemis de Condorcet Faccusent d'avoir été un intrigant cupide jusqu'à la bassesse, d'avoir eu une nature vindicative et haineuse. Mérite-t-il le premier reproche ? Il est certain qu'il a sollicité souvent pour lui-même, avec insistance ; il demande, à plusieurs reprises, à Turgot, devenu ministre, d'intervenir pour améliorer sa situation. Il le prie notamment de décider Fouchy, par l'octroi d'une pension, à résigner ses fonctions académiques* ; il brigue la succession de Forbonnais à la Monnaie : il insiste sur ses ennuis plus encore que sur ses désirs : s'agit-il du contrôle que ses ennemis de l'Académie prétendent exercer sur ses travaux', de la lenteur avec laquelle son prédécesseur abandonne l'appartement qui doit lui revenir*, il se plaint amèrement, longuement, au ministre ; à le lire, on croirait qu'il y va des plus graves intérêts de TÉtat.

Mais les charges qu'on peut exhumer de sa vie et de ses œuvres sont loin d'être accablantes pour Condorcet ; et, de tous les faits que nous venons de signaler impartialement, un examen critique laisse debout peu de chose. Tout d'abord, Condorcet n'a point eu l'initiative de toutes les démarches qu'il a tentées. En demandant â Turgot d'acheter le départ de Fouchy, il a seulement déféré, après une assez longue résistance, aux instances de ses amis'^. De plus, en sollicitant pour lui-même, Condorcet craint toujours d'abuser de la bienveillance du ministre ; quelque difficulté surgit-elle ? il supplie son protecteur de renoncer à leur commun projet; et, s'il insiste dans ses lettres, sur les ennuis qu'il éprouve, c'est que, au grand honneur de tous deux, le

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