LES SOCIÉTÉS SAVANTES
qu'elles permettent? Il suit de là qu'il faut instituer dans le royaume une série de sociétés savantes qui serviront de bureau d'informations et de centres d'études *. Ces sociétés seront de deux sortes. Il convient d'abord d'en créer de régionales ; le nombre des travailleurs qui s'adonnent aux recberches scientifiques est peu considérable: il suffira donc d'en établir une dans cbaque département 2. Puis, au-dessus de ces compagnies locales, une société nationale, composée des savants les plus illustres de la nation. Cette société nationale, très différente des Académies contemporaines^, sera divisée en 3 sections, qui s'occuperont Tune des sciences mathématiques, la seconde des sciences morales et politiques, la dernière de l'antiquité, de l'histoire et de la littérature *. Les membres de la société ne doivent être choisis qu'à raison de leur mérite : l'Iitat ne saurait, non plus que les citoyens, juger de leur valeur scientifique ; ils se recruteront par cooptation \ Mais ce système ne fera-t-il pas de la compagnie une caste fermée, dont l'hérédité, l'intrigue ouvriront aux uns et fermeront aux autres l'accès ? Condorcet ne nie pas qu'il ne puisse se produire des injustices dans un sens ou l'autre; toute-
fois une constatation expérimentale le rassure: il n'est presque aucun homme de génie que les anciennes académies aient refusé d'admettre; et si l'histoire enregistre quelques exceptions, ces exceptions s'expliquent par l'influence de préjugés sociaux (|ue l'instruction abolira peu à peu, et non par la jalousie mesquine de confrères irrités *. La société est une institution nationale : les habitants de la capitale n'auront donc pas le droit exclusif d'en faire partie, elle doit compter des membres associés dans les départements ^ Elle est l'expression suprême de la science française, le centre d'études où tout vient aboutir: elle doit donc se tenir en rapports étroits avec toutes les autres sociétés