‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 336 sur 520 · LIBERTÉ ET MONOPOLE · texte numérisé non relu

LIBERTÉ ET MONOPOLE

Condorcet est convaincu que son plan satisfait à toutes les conditions du problème et plaira à la grande majorité du corps social. L'Ëtat n'aura point dès lors à se préoccuper des plaintes isolées, qui se feront entendre; il ne serait obligé d'en tenir compte que s'il s'était réservé le monopole de l'instruction publique, et Condorcet est l'ennemi de ce monopole comme de tous les autres. Ce n'est pas à dire qu'il soit partisan de la liberté absolue ; il estime au contraire, nous l'avons vu, que les congréganistes, les prêtres sont inhabiles à enseigner ; mais les laïques ont le droit absolu d'ouvrir des établissements scolaires *. Loin d'être fâcheuse, la concurrence des écoles privées est utile à la prospérité des écoles publiques ; elle stimule le dévouement et l'ingéniosité des maîtres officiels, elle renseigne TÉtat sur les mérites et les défauts de son système, de son personnel*. Ici, comme ailleurs, la liberté bien comprise aide au progrès de la science, à celui de la vérité.

Telle est l'œuvre de Condorcet. L'analyse que nous en avons donnée en a suffisamment fait ressortir l'intérêt et la valeur; nous nous garderons d'y insister. Condorcet doit sans doute beaucoup à ses devanciers; il reste pourtant original et créateur. Les principes, sur lesquels il s'appuie avaient été découverts avant lui ; mais il leur a donné une force, une extension toutes nouvelles. Le plan auquel il s'est rallié avait été entrevu par les théoriciens de l'époque précédente, mais il a développé, complété, précisé leurs idées, transformé l'ébauche en une œuvre parfaite. L'auteur des Mémoires avait sa place marquée au comité d'instruction de la

mais Condorcet estime que réventiialité est fâcheuse. La jeunesse a besoin de maîtres jeunes. Pour que les professeurs ne postulent pas à nouveau la confiance des électeurs, il faut leur assurer un revenu suffisant, au terme normal de leur carrière. 11 est facile, en mettant à profit les théories récentes sur les assurances, de servir une rente au fonctionnaire retraité et de garantir à ses héritiers le versement d'un capital assez important. Condorcet, il est vrai, soumet les maîtres à une discipline étroite, leur interdit de former un corps, de délibérer ensemble, de nommer leurs chefs; mais en revanche il leur assure le droit de n'être destitués que par le verdict d'un jury exclusivement formé d'universitaires. Condorcet est ainsi plus libéral que le législateur actuel, et les droits qu'il accorde aux profes seurs, tout comme les devoirs qu'il leur impose, prouvent l'importance du rôle social qu'il leur attribue et la grandeur des espérances qu'il met en eux. {Deuxième Mémoire , Œuvres, Ml, 285-291.)

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