‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 337 sur 520 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

368 AU COMITÉ d'instruction publique

Législative, et Ton ne peut s'étonner qu'il en ait été Tàme et rinspirateur.

AU COMITÉ d'instruction PUBUQUE

La Constituante ne remplit pas la mission que les bailliages lui avaient confiée ; elle se sépara sans avoir délibéré sur le rapport de Talleyrand, laissant à TAssemblée prochaine le soin de régler la réforme de Tinstruction publique. La Législative eut le mérite de comprendre, dès le début de ses séances, la grandeur du problème et la nécessité de le résoudre promptement. Ëclairée par Texpérience, elle décida de créer un comité spécial d'instruction publique*. D'après son règlement intérieur, les députés devaient se porter candidats aux comités, dont ils ambitionnaient d'être membres*; le cumul était interdit. Condorcet jouissait d'une telle notoriété, qu'il eût pu, selon toute vraisemblance, siéger où il aurait voulu. Le fait qu'il ne fut appelé à surveiller, ni radminislration financière, ni la politique étrangère du gouvernement prouve, à notre avis, qu'il dédaigna ces fonctions, et entendit dès, l'abord, se consacrer à la cause de l'enseignement national. 11 fut élu, en effet, le deuxième, après Lacépède, au comité d'instruction publique ^.

Parmi ses nouveaux collègues, bien peu étaient célèbres; mais plusieurs le deviendront, comme Carnot, Prieur, Homme. Quatremèrc, de Quincy et Jean de Bry avaient seuls, si l'on met à part Condorcet, écrit des ouvrages de pédagogie (encore le premier ne s'élait-il guère occupé que des écoles de dessin) ; mais beaucoup de commissaires avaient des idées arrêtées sur la matière; Arbogasl, Romme, pour ne ciler que ces deux noms, acquerront vite, avec beaucoup de crédit, une remarquable compétence. Quelque intelligents, quelque informés que fussent ces

1. Le 14 octobre 1791. Cf. Guillaume, Procès-verbal du Comité d'insl, publique de la Législative, Introduction.

1. .Nous n'avons pas retrouvé ces listes aux Arrhives. 3. Guillaume, op. cit., Introd., xviii.

LE RAPPOnT DE TALLEYRAND 369

hommes, ils abdiquèrent pourtant, en quelque sorte, devant Condorcet : ils ne rendirent point seulement hommage à la supériorité de son génie en Tclisant pour leur président ; ils furent, de Taveu des contemporains, ses élèves, puis ses lieutenants; le comité de la Législative fut pour eux une école, où ils s'instruisirent, et ce furent les idées du maître, à peine modifiées, qu'ils reprirent à leur compte et défendirent par eux-mêmes dans les débats ultérieurs.

Le comité avait à choisir entre deux méthodes de travail : il pouvait, ou adopter comme base de ses délibérations le rapport de Talleyrand, ou, écartant celui-ci, reprendre la question sur nouveaux frais. Le premier parti permettait d'aboutir plus vite ; le second réservait la pleine liberté d'action du comité : ce fut lui qui prévalut. L'œuvre de Talleyrand ne satisfaisait ni Condorcet, ni la majorité de ses collègues. Sans doute l'ancien évéque d'Autun, tout comme l'auteur des Mémoires^ admet que, les lumières étant utiles aux individus et à l'Ëtat, il faut instituer des écoles publiques aux dépenses desquelles la nation doit subvenir en totalité ou en partie. Tous deux estiment que tous les sexes et tous les âges ont besoin de s'instruire et que, par conséquent, il doit exister un enseignement pour les femmes et pour les hommes faits aussi bien que pour les jeunes garçons. Tous deux enfin professent qu'une seule catégorie d'établissements scolaires ne saurait suffire aux besoins de la démocratie, et qu'il faut, au-dessus du degré commun, en créer plusieurs autres, pour ceux qui ne sont point obligés de se consacrer de suite aux fonctions mécaniques et à l'agriculture.

Mais le projet de Talleyrand et celui de Condorcet présentent entre eux des divergences radicales. D'après Talleyrand, la seule instruction « que la société doive avec la plus entière gratuité est celle <|ui est essentiellement commune à tous, parce qu'elle est nécessaire à tous* ». Pour les degrés supérieurs, le devoir de l'Rtat se borne à fournir les bâtiments, à fonder des bourses : les maîtres doivent tirer la plus grande partie de leur traitement de la rémunération des enfants riches. Condorcet demande au contraire que l'instruction soit toujours et partout gratuite. La

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