‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 363 sur 520 · Hevision des travaux, (Kuvres, X · texte numérisé non relu

Hevision des travaux, (Kuvres, X

LE COMITÉ AUTRICHIEN 39î>

(jue la suite de « la coalition de TAssemblée constituante* ». Celle-ci avait vu « finir avec douleur son règne de 4 mois. La soumission du ministère lui offrait les moyens de le prolonger ; mais il fallait que les ministres gouvernassent l'Assemblée^. » Elle chercha donc à séduire les nouveaux députés ; ses efforts furent vains ; elle dut bientôt renoncer à Tespoir d'avoir pour elle la majorité. N'ayant pu la corrompre, elle s'efforça de la discréditer et de l'avilir. Elle voulut d'abord « faire croire à l'existence d'un ])arti qui voulait détruire la Constitution et établir une Républi- ([ue ». Puis r « on apprit les malheurs de Saint-Domingue, et l'on ne manqua point d'en accuser les Amis des Noirs. C'était un moyen de faire perdre aune trentaine de membres de l'Assemblée la confiance de leurs collègues, mais ce projet n'eut pas de succès, et les ruses avec lesquelles on avait égaré l'Assemblée constituante purent à peine produire une incertitude de 4 jours. On essaya la peur des puissances étrangères, et ce piège, si utile quelques mois auparavant, fut encore sans effet. » Le ministère patriote fit déclarer la guerre ; alors la coalition a tourné ses efforts contre l'Assemblée tout entière. Elle a soudoyé dix gazettes pour diviser la majorité et pour exciter le peuple contre ses représentants. Elle a dit : « On ne peut corrompre le peuple, nous l'égarerons. Nous ferons croire aux riches, aux propriétaires que l'on veut les dépouiller. Nous ferons croire au pauvre que ses défenseurs le trahissent. Nous exciterons des troubles afin que, si les amis de la liberté emploient la force pour les dissiper, ils s'aliènent les esprits, et (|ue, s'ils emploient des mesures plus douces, nous puissions les accuser de favoriser le désordre et le pillage '^. »

Ainsi les esprits clairvoyants ne doutent plus depuis longtemps (le l'existence du comité autrichien ; l'incident Larivière, survenu au début de juin, doit dessiller tous les yeux. Deux ministres coupables « se sont |)laints d'avoir été désignés comme membres d'un comité autrichien. Le juge de paix qui a reçu la plainte apprenant, par l'information, que cette accusation était fondée

1. Pour cette citation et les suivantes, cf. Chronique de Paris, 8 juin 1792 p. 637-638.

2. Opinion sur l'allf^ntat commis contre la liberté des membres du corps /l'ffislafif, (Kuvres, X, 471. Cf. Chronique et Patriote françabi du 2 juin i792 j>. 615.

396 L\ DÉCLAnATION DE GUERRE

sur le témoignage de trois membres du comité de surveillance, instruits par des pièces déposées aux archives de ce comité, n'a trouvé rien de plus simple que de faire arrêter ces trois députés par des hommes armés, et de les faire conduire de force à son tribunal *. » Le complot est évident: Bertrand et Montmorin ont attendu pour déposer leur plainte que le procureur-syndic Roederer, dont le patriotisme est notoire, fut absent, et que leur excollègue Du port fût à la veille d'occuper comme accusateur public -. Le crime ne Test pas moins. Nul citoyen ne peut être arrêté qu'en vertu d'un mandat régulier: or aucun mandat d'arrêt n'a été délivré. Les représentants du peuple sont inviolables, à moins qu'ils ne commettent un flagrant délit: les inculpés n'ont rien fait de criminel, puisqu'ils ont donné seulement lecture de papiers dont ils avaient eu la garde ; et fussent-ils coupables, ce serait à la Haute Cour, et non à un juge de paix de connaître de leurs actes. Le comité autrichien n'a donc pas reculé devant une violation odieuse et patente de la loi, pour effrayer l'Assemblée, pour l'avilir et l'asservir par la menace de poursuites Judiciaires incessantes; et son audace montre qu'il acceptera tous les concours, tentera toutes les manœuvres pour parvenir à ses fins, aggra\er l'anarchie, rétablir les abus, perdre la France et la liberté.

Comment déjouer le complot ? Les conspirateurs ont à leur disposition des hommes et de l'argent, la garde royale et la liste civile: il faut leur enle\er l'une et l'autre. Déjà, le 23 mai, à propos d'une échauiïourée survenue à Neuilly, Condorcel signalait le (langer que pouvait olVrir la présence à proximité de Paris, de troupes étrangères ou aristocratiques^. Le 29 mai, TAssemblée |)ron<)nce le licenciement de la garde royale, et Condorcet s'empresse de la féliciter de son vote *. Restait la question beaucoup |)his délicate de la liste civile. La Constituante avait inscrit dans la constitution un article en vertu duquel le roi recevrait de la nation une annuité de 2i millions. La législature a-t-elle le droit de toucher à ce texte, de modifier le chiffre de cette annuité ?

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