LA LUTTE CONTRE LE ROI
déclarée entre les deux pouvoirs constitutionnels ; qui reste avec le roi, n'est plus avec la nation ; Condorcet rompt avec Dumouriez. Le duel qui s'engage doit aboutir fatalement au triomphe de l'absolutisme ou à la déchéance de Louis XVL Condorcet va prendre sur ses collègues une influence de plus en plus grande, devenir même un moment le chef du gouvernement parlementaire, parce que nul n'est plus désigné que lui, par ses antécédents, par son caractère, pour être à la tète d'une coalition formée contre le monarque ou bien la monarchie.
La lutte est périlleuse ; nombreux sont encore en France les fervents du royalisme : une démarche téméraire déchaînerait la i^uerre civile. Condorcet demande donc à ses collègues d'agir à la fois avec prudence et fermeté, de ne point s'écarter de la constitution « tant qu'il leur restera une lueur d'espoir de sauver avec elle la liberté publique* », mais de mettre sans cesse le roi en demeure de prendre les mesures qu'exige le salut de l'État, de l'obliger ainsi à se démasquer, à se perdre. L'Assemblée pourra oser d'autant plus qu'elle jouira de la confiance de la nation. Pour le moment, son crédit est (fort diminué; ce n'est pas sans succès que ses ennemis ont rejeté sur elle la responsabilité des échecs militaires et des calamités intérieures. Il importe donc qu'elle se réhabilite, en quelque sorte, aux yeux du peuple, que, mettant fin à des débats stériles, elle lui donne enfin les réformes tant attendues. Le 19 juin, Condorcet la presse de condamner au feu les titres de noblesse. Il avait blâmé le décret de la Constituante (|ui supprimait les blasons et les appellations féodales, parce que ce décret compromettait la paix publique ; il préconise, en 1792, une disposition qui complète la loi du 19 juin 1790, parce que cette disposition est de nature à gagner un certain nombre de citoyens à la cause de la Législative, par conséquent de la liberté 2.
Quelle que soit son activité, l'Assemblée ne peut rien, si elle n a pas derrière elle, pour la soutenir, tous les patriotes. Ceux-ci ont le devoir, devant le danger commun, de se réconcilier. Condorcet prêche d'exemple, et, le 19 juin, il vient donner lecture de