‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 38 sur 520 · Élofje de VHôpUal, Œuvres, III, 56i · texte numérisé non relu

Élofje de VHôpUal, Œuvres, III, 56i

l'affaire de la barre 19

Turgot, il affronte la Bastille, éprouvant même, à se jeter dans la mêlée, un plaisir qui trahit Torigine et la race.

On connaît Thistoire de La Barre. La condamnation de ce malheureux et de ses prétendus complices avait soulevé l'indignation des philosophes ; mais le seul homme qui put obtenir leur réhabilitation, Volaire, était vieux et las. Il ne se croyait plus en sûreté dans sa retraite de Ferney. Hanté de la crainte d'une nouvelle persécution, il redoutait de rien dire et de rien faire qui le rappelât au souvenir du Parlement. Paraissait-il à Paris quelque brochure anonyme, un peu compromettante, dont la malignité publique Taccusait d'être Tauteur? il se hâtait d'en récuser la paternité. L'effroi, avec lequel il se défend d'avoir écrit les Lettres d'un Théologien^, qu'il prise fort d'ailleurs, est significatif à cet égard. Il fallait donc vaincre ses frayeurs, le décider à oser prendre en main la cause de La Barre et d'Étallonde. Condorcet s'y employa, et il y réussit. Ce fut lui, ses lettres en font foi, qui dressa le plan de la campagne, qui fit les démarches nécessaires auprès de Target et de Vergennes ; si l'affaire ne réussit pas plus tôt, la faute n'en est pas à lui ; elle incombe tout entière à Voltaire 2. La part que Condorcet prit à ce grand œuvre de réparation ne fut pas, semble-t-il, exactement connue des contemporains. Dans l'intérêt même de ses protégés, Condorcet s'effaça devant son illustre collaborateur, et, bien des années plus tard, retraçant la vie de celui qui avait été son maître et son ami, il reportait l'honneur intégral du succès à Voltaire, sans rien révéler de son rôle véritable '.

Il devait, du reste, retrouver bientôt d'autres occasions de combattre pour le droit au premier rang, en pleine lumière, avec plus de risques. En 1781, il intervient dans le procès de Lally, pour réfuter d'Éprémesnil*. Cinq ans plus tard, il défend, avec Dupaty, la vie des trois roués de Champagne. On connaît l'affaire. Trois vagabonds, accusés de vol avec effraction, et de coups et blessures furent condamnés par le baillage de Chaumont aux

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