Vie de Voltaire, Œuvres, IV, 123 et sq
4. Réponse au plaidoyer de M. d'Epremesnil y Œuvres, VII, 25.
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galères à perpétuité, puis, par la Chambre des vacations du Parlement de Paris, au supplice de la roue. Étaient-ils innocents? Le fait reste douteux ^ Mais le procès montrait, accumulés, en un relief saisissant, tous les défauts, toutes les absurdités, toutes les horreurs de Tancienne procédure. On n'avait produit devant le tribunal aucune charge décisive, aucune preuve convaincante : les juges avaient frappé des suspects, mais non pas des coupables. De plus. Ton était à un moment où Tordre judiciaire, vigoureusement attaqué, semblait près de s'effondrer sous le mépris public, et la tendance était générale à considérer toute sentence comme une iniquité. Ce fut Dupaty, cette fois, qui se constitua le patron des condamnés. Il n'était pas sympathique à ses collègues du Parlement ; ami des philosophes, très novateur, il passait pour être un adversaire acharné des corporations existantes et du Code en vigueur. Il avait dû quitter Bordeaux à la suite d'incidents pénibles ; il ne pouvait donc agir seul, et chargea Tavocat Legrand de Laleu de présenter au Parlement un mémoire en faveur des roués. Mais il ne se résigna pas au silence ; et, tandis qu'il engageait la lutte au Palais par la plume d'un autre, il voulut, par la sienne, gagner l'opinion publique. Condorcet, qui le connaissait de longue date, pour l'avoir vu chez M™** Helvétius, et l'appréciait très haut, s'empressa de prendre part à la querelle ; et quand le Parlement eiit condamné au feu le factum de Dupaty et décrété celui-ci, ainsi que de Laleu, d'ajournement personnel, il soutint le combat et publia un opuscule intitulé : Sur ce qui s'est passé au Parlement de Paris, le mercredi 20 août 1786*.
Ces pamphlets étaient anonymes ; mais le secret fut vite pénétré : sans parler des indiscrétions fatales, le style, les idées, l'éloge enthousiaste de Dupaty, la satire amcrc des Parlements, tout accusait Condorcet'. Il ne s'abaissa pas à nier, au contraire. Rentrant au Lycée après un an d'absence, il prononça un discours d'ouverture digne et ferme, où le public découvrit, non sans raison, et applaudit des allusions fréquentes, méprisantes ou indignées, au réquisitoire de Séguier*. Son attitude risquait de lui
1. Seligman, La Justice en France pendant la Révolution^ 100.