‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 394 sur 520 · août). /6tV · texte numérisé non relu

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de leur obéissance, et, après avoir dégagé leur liberté,- ils ont restitué la sienne à TAsseinblée. Comment dès lors leur reprocher leur conduite et les blâmer d'avoir puni un traître ?

Ce long factuin pouvait paraître suffisant : Condorcet n'en juge point ainsi. A peine l'adresse du 13 août est-elle imprimée, distribuée, (ju^on apprend la découverte aux Tuileries de papiers compromettants pour Louis XVI. Toute charge nouvelle à rencontre du roi innocente Paris et la Législative ; il faut se hâter de communiquer aux départements la nouvelle que les intrigues criminelles de Tcx-monarque ne peuvent plus être révoquées en doute, et c'est pourquoi, le iO août, un nouveau manifeste, dû à la même plume, est envoyée à Farmée et répandu partout. (( Dès le premier moment où la suspension du pouvoir royal a permis de fouiller dans ces repaires, jusqu'alors couverts par son inviolabilité, ce grand acte de justice autant que de prudence a été justifié par les machinations secrètes qu'il a dévoilées, comme il l'était d'avance par les faits publics qui l'avaient rendu nécessaire. Fallait-il donc, par un superstitieux respect pour la Constitution, laisser paisiblement le roi et ses conseillers perfides détruire la liberté française et la Constitution avec elle * ? »

En délivrant la France de son plus grand ennemi, la Législative n'a fait (pie remplir son devoir; en suspendant le roi, elle n*a fait (|u'e\ercer son droit. On lui demandait de proclamer la déchéance; elle s'y est refusée, de peur d'excéder les pouvoirs (|iie la constitution lui avait conférés. Impuissante à établir aucun onh-e détinitif, elle a fait appel au peuple, et lui a demandé de ré«^ler, f)ar des représentants éhis au sullrage universel, ses propres destinées. File a aboli toutes les distinctions censitaires; elle a domié certîiins conseils aux citoyens; elle ne leur a rien ordonné; la souveraineté nationale reste absolue. Pressée de remettre le fardeau des responsabilités entre les mains des nouveaux élus, rAssembloe a réduit au minimum la période du régime pn»visoire. Forcée de révoquer les ministres, elle ne s'est point saisie de l'autorité exé(;utive, mais l'a déléguée immédiatement à des hommes connus pour leur ciNisme à la nomination desquels la brigue et la corruption sont demeurées étrangères. Elle

i. (13 aoùl) iKuvres, X, Ô69.

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n'a donc cesse de prouver sa bonne foi, sa fidélité à ses serments, à ses devoirs, à ses commeifants ; elle n'a jamais donné prise aux soupçons d'ambition et de projets liberticides. Ceux qui répandent ces bruits mensongers sont des ennemis publics. Les bons citoyens sauront déjouer ces pièges grossiers ; ils ne balanceront « point entre une anarchie funeste et la soumission à l'autorité des représentants élus du peuple * ». « Malheur à celui qui, écoutant... des sentiments personnels, ne se dévouerait pas tout entier à la défense commune, qui ne verrait pas qu'au moment où la volonté souveraine du peuple va se faire entendre, nous n'avons plus pour ennemis que les conspirateurs de Pillnitz et leurs complices-. »

La politique <|ue Condorcet préconisait fut, au mois d'août, celle de la Législative. L'Assemblée s'efforça de justifler la révolution du 10 août, en organisant une défense plus énergique du territoire et en rapportant les décrets qui avaient pu fomenter des divisions parmi les patriotes. Si elle n'abrogea pas la Constitution civile du clergé, elle modilia le sens du serment civique que les prêtres devaient porter. « Ainsi, écrivait Condorcet le 14 août, les prêtres fanatiques ne trouveront plus de prétexte à troubler encore la tranquillité intérieure de l'État et fatiguer les oreilles des citoyens de leurs scrupules religieux. On n'exige plus d'eux de serment qui s'applique à la Constitution civile du clergé, comme ils affectaient de s'en plaindre, mais un serment tel que tout homme libre et ami de l'égalité doit s'empresser de le prêter. On va donc connaître enfin le vrai caractère des prêtres et les principes sociaux dont ils font profession ^. » Condorcet se flattait donc que l'ère des discordes religieuses allait être close et que tous les citoyens honnêtes allaient se réunir autour du drapeau de la liberté.

II. — Il se trompait. Si, grâce aux fédérés et aux sociétés populaires, les départements acceptèrent en silence la déposition du roi, le clergé réfractaire n'abandonna ni ses espoirs, ni ses

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