‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 399 sur 520 · CONDORCET ET DANTON · texte numérisé non relu

CONDORCET ET DANTON

La Convention nationale allait donner à la France une constitution nouvelle, vraisemblablement républicaine. Condorcet qui, en juillet 1791 , s'était fait le défenseur et le théoricien de la République, aspirait passionnément à l'honneur d'être membre de la future Assemblée. En 1789, il avait cru que ses études économiques lui permettraient de rendre des services à sa patrie, et il avait brigué les suffrages des électeurs, d'abord à Mantes, puis à Paris. Il croyait, en toute sincérité, quQ sa place était plus nettement encore marquée dans cette Constituante nouvelle, qui allait mettre en pratique ses idées personnelles. A cette conviction profonde, très respectable chez un homme d'une telle valeur, s'ajoutait le désir légitime de voir sa conduite passée approuvée par ceux qui l'avaient envoyé siéger à la Législative.

L'usage ne permettait point alors aux hommes politiques de poser leur candidature ; mais celle de Condorcet était posée d'avance. Il était député de Paris, rédacteur à la Chronique: son nom était connu de tous ; les adresses que l'Assemblée avait approuvées avaient été affichées partout, publiées partout : le journal où il collaborait était fort répandu ; il était tout indiqué que les électeurs songeassent à lui.

Mais les passions étaient trop exaltées à Paris, pour que l'éclat des services anciens, et la hauteur de l'intelligence pussent avoir grande influence sur le vote. Condorcet avait été l'ennemi de Robespierre pendant quelques mois ; il n'avait jamais cessé d'être

celui de Marat. Or Marat et Robespierre étaient, en septembre 1792, les grands électeurs de la capitale. On avait perquisitionné chez Brissot et la plupart des Girondins ; les septembriseurs avaient préparé contre eux des mandats d'arrêt, et, bien qu'il ne partageât point toutes leurs idées, et recommandât notamment Tentente avec les sections, Gondorcet craignit sérieusement de partager leur sort*. Pour le perdre, ses ennemis raccablèrent d'insultes, multiplièrent les diiïammations. On fit courir surtout le bruit qu'il était le membre le plus important de la a faction de Brunswick » ; qu'il n'avait voulu la guerre et la déchéance du n>i que pour livrer la France à un souverain étranger, York oii Brunswick; qu'ainsi il avait projeté de trahir la République pour le trône, et la nation pour ses ennemis. Les accusations anciennes, que nous avons mentionnées en leur temps, avaient frayé la route à celles-ci : pendant la Gonstituante, on avait accusé le président des « Amis des Noirs » d'être vendu à l'Angleterre, et le populaire Barnave 'avait accueilli Timputation ; au moment de la déclaration de guerre, Gondorcet avait été encore traité de Cromwelliste, d'Anglais, et Topinion publique n'est eu 4792, pas plus qu'en 1791, favorable à l'Angleterre : les attaques de Marat trouvèrent donc facilement créance, au point que Gondorcet se crut obligé de se disculper et de rappeler combien ses actes et sa vie protestaient contre les allusions injurieuses dont il était victime ^. Si l'on ajoute que, au témoignage du philosophe, les élections furent tumultueuses et peu libres ', on comprend aisément que Gondorcet non seulement n'ait point été élu, mais ait même obtenu peu de voix dans la capitale. Les départements le vengèrent de l'ingratitude de ses anciens commettants. Dans l'Eure, il passa le IP, avec 283 voix sur 558 votants *. La Gironde fît à son nom un accueil plus flatteur. Vergniaud avait écrit à Fonfrède pour appuyer la candidature de son collègue * ; l'Assemblée électorale le choisit pour C" député, et le président Fonfrède félicita ses concitoyens de leur vote, en louant les mérites

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