LETTRE A UN MAGISTRAT SUISSE
avaient accueilli avec une indignation fort naturelle les événements (lu 10 août*. Pour leurs compatriotes, les gardes des Tuileries avaient rempli strictement leur devoir en défendant le château, et leur massacre était un forfait sans excuse. La conduite très maladroite du conseil exécutif, de l'Assemblée à Tégard des survivants avait encore accru, s'il était possible, Teffervescence des esprits. L'ambassadeur Barthélémy, s'attendant de jour en jour à une rupture diplomatique, désespérant de pouvoir rendre aucun service et craignant pour sa sûreté, demandait son rappel. Or l'inimitié des cantons helvétiques constituait aux yeux des politiques français un véritable malheur national. La Suisse allait se rapprocher de l'xVutriche, et peut-être, pour venger son injure, s'allier à la maison des Habsbourg. Ainsi l'espoir d'isoler l'Empereur, d'armer toute TEurope contre lui serait vain. La République serait combattue par des républicains, et toute la frontière de l'Est, de (îenève à Bàle, serait menacée.
Pour conjurer ce danger, Condorcet fait appel au bon sens des Suisses, à leur générosité naturelle, à leur mémoire^. Les gardes des Tuileries ont commis un attentat contre le peuple, le 10 août: il est impossible de le nier. Depuis longtemps, ils étaient circonvenus par les intrigues des courtisans, et les députés patriotes étaient unanimes à demander leur renvoi. La nation « helvétienne » ne peut en vouloir aux Parisiens de s'être défendus, à TAssemblée d'avoir éloigné des ennemis publics; quand elle connaîtra la vérité des faits et aura repris son calme, elle cessera de voir une oiïense dans un acte défensif. Reprocherait-elle d'autre part à la France d'avoir changé son gouvernement ? Ayant traité avec un roi, se refuserait-elle à être l'ami d'une République? En prenant ce parti, elle se condamnerait elle-même. N'a-t-elle point su jadis, elle aussi, chasser les tyrans, et reconquérir sa liberté par un coup d'audace?
Si Ton écarte toutes les raisons d'amour-propre et de sensibilité, on ne peut contester que les Suisses ont le plus grand intérêt à se rapprocher de leurs anciens alliés, et à repousser les avances (le la coalition. Les partisans de l'Autriche leur font'craindre l'ex-