‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 407 sur 520 · REVIREMENT DE CONDORCET 44J · texte numérisé non relu

REVIREMENT DE CONDORCET 44J

Convention nationale, comme je ne négligerai pas de vous marquer l'effet que je pourrai apprendre qu'aura produit la première de ces pièces, (|ui est très intéressante *. » L'événement confirma sa manière de voir, La lettre à un magistrat de Berne, qui d'ailleurs n'était point habile, froissa les Suisses, loin de les ramener à l'amitié française. L'ambassadeur dut bientôt se faire l'écho des protestations qu'elle avait provoquées. « J'ai vu des lettres de Berne, dans lesquelles, en même temps qu'on applaudit au mérite de l'ouvrage, on ne conçoit pas ce qui a pu porter l'auteur à dire autant de mal des Bernois^. » Et, bientôt après, il déconseillait le vote d'une nouvelle adresse. « Si j'en étais cru. Monsieur, écrivait-il, on ne parlerait plus aux Suisses de cette triste journée. Je sais qu'ils reprochent à la lettre de M. Condorcet de la leur trop rappeler ^ »

II. — L'échec complet de sa tentative ne découragea pas l'auteur; (juehiue temps après, il publiait trois nouveaux appels aux Espagnols, aux Bataves, aux Germains ; mais ces œuvres nouvelles diffèrent profondément de celles que nous venons d'analyser. Cellesci étaient pacifiques ; les autres sont ardentes et belliqueuses ; ce sont des exhortations à la révolte, ce sont des pamphlets de propagande. Condorcet, dans le courant d'octobre, a dû reconnaître (jue son système de politique extérieure ne pouvait plus triompher. D'une part l'Assemblée était de plus en plus animée du désir d'affranchir tous les peuples et de répandre, à travers le monde, comme une semence féconde, les principes révolutionnaires. Danton devait lui-même céder au courant qui entraînait toute la France. D'autre part, les gouvernements européens n'avaient pas répondu aux espérances des amis de la paix ; ils n'avaient pas voulu reconnaître la République ; il était visible que les coalisés n'entendaient pas renoncer à la lutte, que des puissances jus<iu'alors neutres, comme l'Angleterre, devenaient chaque jour plus nettement hostiles, que les souverains se regardaient comme lésés et outragés par la chute de Louis XVI, et ne

1. Avril, aff. etr. Corresp. pol., Suisse^ t. 430, f 15 v* (4 octobre).

2. Barthélémy, Papiers [éd. Kaulek, 1, 350). Cf. aussi p. 357 et Arch. aff* élr., ioc. cit.. t. 430, f* 96 r*. Barthélémy envoie au ministre le texte d'une réponse qui d'après lui émane d'un magistrat très considéré du canton de Berne, ibid.. i. 433, f" 425 r". La réponse est incluse, f* 4U et sq.

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