‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 408 sur 520 · LA POLITIQUE EXTÉRIEURE · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE EXTÉRIEURE

toléreraient point, sans de nouveaux combats, rétablissement, aux portes de leurs États, d'une république grande et forte. Au début de novembre, Condorcet écrit dans son journal qu'il n'y a point à espérer de paix générale prochaine, qu'il n'y a plus de milieu entre la chute de la République et la chute des rois ^.

La France n'est pas de force à lutter seule contre ses \oisins. Heureusement elle ne restera point isolée ; à la coalition des rois, elle opposera la coalition des' peuples. Les idées de 1789 ont, peu à peu, pénétré les nations étrangères ; la catastrophe du 10 août a montré aux plus aveugles la faiblesse des' princes, et rendu la conscience d'eux-mêmes aux plus asservis. Il ne s'agit que de précipiter le mouvement libérateur, d'appeler les peuples, hésitants encore, à la liberté ; et c'est pourquoi Condorcet invite les Espagnols, les Germains et les Bataves à se révolter et à s'affranchir.

l/idée est partout la même, avec quelques variantes. Aux Espagnols, il rappelle — ce qui n'est point diplomatique ni habile — <|ue leur patrie, jadis grande cl prospère, n'a cessé de décliner depuis que la maison d'Autriche l'a écrasée du poids de son absolutisme et de son ambition. Les Bourbons, en succédant aux Habsbourg, ont repris leur idéal de conquêtes et de domination; loin d'arrêter la décadence de leurs états, ils l'ont précipitée par leur politique de magnificence. L'Espagne, rendue à elle-même par la RéNohKion française, ne permettra point à son souverain la guerre contre la France ; elle a besoin de paix ; aucun intérêt ne l'attache à l'empereur. Bien plus, que la nation espagnole s'unisse à la nation française : elle trouvera, dans cette alliance, la force de recouvrer son antique liberté. Les Espagnols sont des croyants ? qu'importe. La Révolution n'implique à aucun degré la lutte religieuse ; si certains prêtres ont été en France l'objet d'un traitement rigoureux, c'est qu'ils avaient d'abord refusé de se conduire en bons citoyens. Dans un autre pays, il n'en sera plus de même. Le clergé comprendra qu'il a tout profit à embrasser la cause populaire ; et, loin de défendre le tronc, il se mettra à la tête de ceux qui veulent l'ébranler. La France ne se donne point comme modèle, et ne prétend imposer

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