‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 409 sur 520 · Chronique de l\v'i\\ 7, 8 et 9 novembre · texte numérisé non relu

Chronique de l\v'i\\ 7, 8 et 9 novembre

ses lois à aucun peuple. L'Espagne pourra adopter la constitution qui lui plaît, et, rajeunie, reconquerra vite sa félicité passée ^

Aux Germains, Condorcet expose que le sort de rAllemagnc peut se régler de trois manières*. Ou les grands Ëtats, lassés des résistances et jaloux de la semi-indépendance des petits princes, profiteront de la guerre présente pour se partager toute la Germanie : ou ces petits princes, menacés, formeront entre eux une ligue générale, capable de tenir en échec rAutriche et la Prusse ; ou enfin le peuple allemand se lèvera tout entier, chassera ses maîtres, et en formera une seule république. La première de ces alternatives a peu de chances pour elle ; les victoires françaises, aussi bien que les efforts des patriotes germains la rendent improbable ; la seconde peut devenir une réalité, si les intéressés se hâtent ; car c'est une solution bâtarde, un pis aller dont un moment de retard peut empêcher à jamais le succès. Reste enfin le soulèvement général de la nation. Le peuple allemand' a, dans le passé, rendu de grands services à la cause de l'humanité : il se doit à lui-même de ne point la trahir à l'heure décisive ; il a produit Jean Huss et Luther, Kepler et Leibnitz; il a découvert l'im primerie ; il ne peut accepter de lutter contre des hommes qui sont les champions du droit et de la vérité. La liberté l'attend, une liberté calme et souriante. La France, isolée, troublée par les intrigues, les complots, menacée par les puissances étrangères, est tombée « dans une défiance toujours exagérée et souvent funeste' ». Lui est soutenu, encouragé; qu'il se dresse, et, d'un élan vigoureux, rejette loin de lui ses tyrans. «Germains, dit Condorcet en terminant, le sort de Thumanité est décidé, mais celui de la génération présente est en vos mains. Osez seulement prendre avec vos tyrans le sévère langage de la vérité, et l'Europe sera, dans quelques mois, libre, paisible, fortunée *. »

La troisième adresse est destinée aux Bataves. Dumouriez venait de vaincre les Impériaux, et d'envahir la Belgique *. Il

i. Œuvres, XII, 121 et sq. Ce n'était pas la première fois qu'il écrivait au peuple espagnol. En 1791, il avait écrit au comte d'Aranda, pour le féliciter de ses dispositions amicales envers la France. Cf. Salamon, Correspondancey 504.

2. Sa publication dut coïncider avec la marche de CustiVie sur le Rhin.

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