‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 410 sur 520 · laid · texte numérisé non relu

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5. C'est ce qui ressort des premières lignes. Thainville en a reçu déjà

i46 LA POLITIQUE EXTÉRIEURE

pensait poursuivre plus loin son expédition, pousser jusqu^en Hollande. Condorcet veut lui faciliter la tâche : « La France a proclamé la liberté du genre humain. » Il invite en conséquence les Hataves à la révolte.

Les Nassau ont constamment sacrilié les intérêts de leurs sujets à ceux de leur ambition ; les Hollandais ne doivent à leur stathouder ni obéissance, ni reconnaissance. Mais il ne suffit pas de le renverser ; il faut encore réfonner la constitution de la Républi(|ue. Menacées par les élats voisins, les Provinces-Unies sont incapables de se défendre; leur gouvernement n'est (lu'anarchie. II faut donc, dans leur intérêt même, qu'elles adoptent un système politi(|ue unitaire et centralisé, qui, tout en respectant leur liberté, assure leur indépendance. Le maintien du statu quo est impossible. C'est en vain que Taristoeratie bourgeoise espérerait, en perpétuant Tantique organisation, ressaisir le pouvoir dont elle a si longtemps joui. Les temps sont révolus : l'esprit d'égalité rayonne par tout le monde ; les peuples ont pris conscience de leurs droits et n'accepteront plus qu'euxmêmes pour maître. D'ailleurs, l'histoire le prouve, ce sont des régimes bien troublés et précaires que ceux où une faction accapare les droits de la puissance publique. Les nations esclaves sont séditieuses et ingrates ; elles se donnent à un homme, pour n'être plus à plusieurs, et de Witt a payé de sa vie le malheur d'être le chef et le représentant dune oligarchie. On objectera, il est vrai, que les Provinces-Unies, par leur nature même, répugnent à l'unité complète ; et sans doute aucune n'accepterait de déposer ses mœurs et ses lois pour revêtir celles de la province voisine : mais toutes, l'exemple de la Bretagne le démontre, consentiront au régime nouveau, qui ne confirmera ni la prédominance d'une ville, ni la persistance d'un abus.

Il faut (|ue les Balaves jugent sainentcnt de leur situation présente. L'Angleterre cherche à ruiner leur commerce et leurs colonies: la Prusse à démembrer leur territoire continental. Seule, la France leur olîre un appui sincère et désintéressé; mais elle ne peut secourir un Rtat despotique ; et son inimitié est plus redoutable pour la Hollande (jue celle d'aucun prince: Anvers

des exeinf)Iaires le 2 «lêoembre lArch. nff. éb\ Corrcsp. pol., Ao//anrfff, 584»

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ÉCHEC f)ES ADRESSES 447

peut tuer Amsterdam. L'hésitation n'est plus de mise. Les Hollandais ne seront point assez insoucieux de leur dignité et de leurs intérêts, pour préférer la ruine et la servitude à la richesse et à la liberté.

III. — L'adresse aux Bataves n'obtint pas plus de succès dans les Provinces-Unies \ que n'en avait rencontré en Suisse la Lettre à un magistrat de Berne, que n'en rencontrèrent probablement au delà du Rhin et des Pyrénées les appels aux Germains et aux Espagnols ^, et le fait ne saurait nous surprendre. Les libelles de Condorcet ne se distinguaient point par leur diplomatie, et les vérités qu'ils exposaient n'étaient pas de celles que les peuples aiment à entendre. Si, malgré leur inefficacité, nous avons insisté quelque peu sur leur analyse, c*est qu'ils nous renseignent très exactement sur l'évolution des idées de leur auteur. A la fin de novembre, Condorcet est devenu, lui aussi, un fervent de la propagande. Sans doute, il ne pense pas tout à fait comme les (jirondins : il voudrait que cette propagande fut paci- (i(|ue, et par cela même se résigne à la voir limitée. Ce qu'il souhaite, c'est que les peuples voisins, se levant spontanément, rendent inutile l'intervention de la France, obligent la coalition à se dissoudre, et forment autour de la République une ceinture ininterrompue d'états tampons. Mais, si les nations ne s'insurgent pas (relles-mémes, ou ne réussissent pas à ressaisir leur liberté, avec leurs seules ressources, Condorcet admet que les armées républicaines aillent au dehors fomenter partout des Dix-Aoùt. La France ne vise pas à acquérir une grande réputation militaire; elle « ne veut pas d'une fumée qui coûterait la ruine des autres peuples, en épuisant ses propres trésors à faire des con- <iuètes... Klle ne veut que briser le joug des peuples et répandre enfin sur le globe un système de fraternité propre à en changer bientôt la face \ » Point d'annexions. Et, par suite, point de violences, ni de mauvais traitements. Deux pays peuvent vivre séparés et unis* : il faut seulement faire aimer la France, laisser aux

1. M'"" (i'Aelders écrit le 7 décembre à Lebrun que l'adresse de Condorcet indispose les Fialaves {Arch. aff. étr, Corresp. pol., Hollande^ t. 584, P* 282 V"). Klle signale le 14 l'apparition d'une réponse {ibid. f" 307).

2. Nous n'avons rien pu découvrir au sujet de ces adresses. :\. Chronique de Pwm, 7 novembre 1792, p. 1245.

i. Ihid., 20 novembre, p. 1321.

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