‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 41 sur 520 · Seligman, op. cit · texte numérisé non relu

Seligman, op. cit

2. Réflexions sur l'esclavage des nègres, Œuvres, VII, 61-i40.

3. On a dit souvent que Condorcet était franc-maçon. M. Amiable a notamment affirmé le fait dans son ouvrage sur La loge des Neuf Sœurs. Nous avouons n'être pas convaincus par les témoignages produits. Condorcet s'est à plusieurs reprises moqué sans retenue des francs-maçons. Ce qu'il faudrait démontrer surtout, c'est que la franc-maçonnerie a eu uoe influence quelconque sur la vie ou la pensée de Condorcet, et c'est ce qu'on n'a point même tenté. Il faut reconnaître d'ailleurs que dans reotourage du philosophe se trouvaient beaucoup de francs-maçons (notamment les La Rochefoucauld).

4» Ce Ali lui qui en rédigea les statuts, institut, Mss. N. S. 19, dossier D. A, ÉhgÊ de eBôpital, Œuvres, III, 463.

22 L HOMMK : i/kcgnomiste

IV. — Ilàter le progrès en découvrant ces vérités, tel est le devoir de tous les hommes ; tel est surtout celui des philosophes. Philosophe, Condorcet ne pouvait donc pas, sans déroger à ses convictions, ne pas s'occuper d'économie politique. Il s'y dévoua de plus en plus, parce qu'il se crut plus apte qu'aucun autre, en sa qualité de mathématicien, à les traiter avec fruit. L'économie politique est une matière infiniment délicate, où les chances d'erreur abondent ; elle emploie un vocabulaire défectueux, où les mots les plus usuels (liberté, par exemple) ont un sens mal défini, et reçoivent même parfois des acceptions fort différentes*. Il faut y introduire la précision, la clarté, la rigueur, en un mot toutes les qualités scientifiques. « On a dit, il y a longtemps, que la géométrie est la meilleure et peut-être la seule bonne logique ; parce que c'est la seule étude où Ton apprenne à ne raisonner que sur des idées claires, dont l'étendue est déterminée, et à ne les exprimer que par des signes précis et invariables. Mais, à cette utilité générale, se joint encore l'avantage non moins important d'apprendre à raisonner juste sur un très grand nombre de sujets, où l'influence des connaissances en mathématiques est plus puissante et plus étendue qu'on ne pense ^. » Condorcet estime donc que son éducation scientifique lui permettra d'abord d'éviter des erreurs, où ses devanciers sont tombés, et surtout de fixer définitivement la terminologie de la science économique, et de fournir ainsi aux discussions un terrain siir et propice.

L'étude des mathématiques offre encore une autre utilité pour réconomiste. Celui-ci est obligé de se poser une série de problèmes pratiques, qui ne comportent pas, à première vue, de solution rigoureuse et scientifique. Par exemple, tout homme peut se tromper; il en résulte que, de quelque manière qu'on l'organise, un tribunal, une assemblée électorale pourront toujours commettre une erreur de jugement. S'ensuit-il pourtant que tous les systèmes soient équivalents, et que le législateur ait le droit de livrer au hasard l'innocence d'un accusé, ou les destinées

1. Cf. Tableau génér. de la science qui a pour objet Vapplit^ation du calcul^ Œuvres, I, 5i3.

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