‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 412 sur 520 · PROGRAMME DE CONDORCET · texte numérisé non relu

PROGRAMME DE CONDORCET

Seul, un désaccord entre Paris et les départements pourrait mettre obstacle à cet heureux événement, et ce désaccord n'a pas de raison d'être. Sans doute quelques-uns des commissaires de la Commune ont commis des forfaits atroces et ont égaré une portion du peuple de Paris, « mais la majorité est bien loin de partager ces fureurs ; elle les condamne et elle en gémit * ». Il ne faut donc pas confondre la capitale avec la tourbe des assassins, et dès lors pourquoi les électeurs des départements abhorreraientils Paris ? La défense nationale n'est possible qu'avec Tappui de la grande cité révolutionnaire. « La France a besoin d'être forte pour résister à ses ennemis, et, pour être forte, elle a besoin d'un centre commun *. » Si jamais la fureur populaire, excitée par des malfaiteurs publics, semblait prête à se déchaîner contre la Convention nationale, si celle-ci ne paraissait plus libre, que les électeurs « s'adressent à leurs députés, qu'ils leur offrent les forces nécessaires pour les défendre ; mais qu'aucune démarche précipitée n'allume le flambeau d'une discorde qui poun*ait devenir fatale à la liberté ^. » Que tous les bons citoyens, oublieux du passé, unis et par l'amour de la liberté, et par la haine du crime, se rassurent les uns les autres en jurant de respecter les |)ersonnes et les biens, de se soumettre aux décrets de la Convention, « de ne point souffrir qu'il soit porté aucune atteinte ni à son indépendance, ni aux droits des individus* ».

Élu député, Condorcet va reprendre et soutenir la politique qu'il a préconisée au début de septembre 1792. Il arrive à la Convention enthousiasmé de l'avenir qui s'offre à la France, si elle sait apaiser les anciennes querelles, prêt à oublier les insultes dont on l'a accablé, à pardonner aux Parisiens leur hostilité à son égard. Il ne conserve de haine que pour Marat, et quel rôle pourrait jouer un Marat dans une Convention nationale? Les Girondins ne partagent point ces dispositions conciliantes ; ils gardent au cœur, infiniment douloureuse, la mémoire des affronts qu'ils ont subis, des angoisses qu'ils ont éprouvées ; en venant siéger dans la nouvelle assemblée, ils s'imaginent accom-

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