CONDORCET ET LA GIRONDE
même, qui, six mois auparavant, s'était constitué le substitut de Robespierre et le dénonciateur des Rolandistes, proteste contre ces accusations. « Je dois, dit-il, relever une erreur d'Anthoine, il a cru Condorcet du parti Brissot ; Gondorcet n'en est plus ; il parait avoir connu les intrigants de la petite faction, il a vu qu'il ne pourrait pas jouer un rôle parmi ces intrigaillons *. » Et les Jacobins furent de son avis, car ils rayèrent Brissot, et respectèrent Condgrcet. D'autre part, Salles, qui est Girondin, donne la même note, quand il écrit, vers le début de décembre, que la Montagne prépare un complot et que « tous ou presque tous, sauf Condorcet, Siéyès et Rabaud, tous n'ont pas plus de doute » que lui-même sur la vérité du fait*. Et Paganel, qui a été député à la Convention et a vécu les événements qu'il raconte, déclare aussi que les Girondins et Condorcet n'ont point marché ensemble dans la Convention, a Tout le bien que les Girondins pouvaient faire, Condorcet le fît avec eux ; il est innocent de tout le mal qu'ils ont causé, soit par ambition, soit par erreur. II était consulté, sans doute, surtout par les Guadet, les Gensonné, etc., mais c'était un simple hommage qu'ils rendaient à ses lumières ^. » Us consultèrent le philosophe et ne l'écoutèrent pas.
I. — Divisés d'opinion dès le mois de décembre, Condorcet et les Girondins le demeurèrent dans les débats relatifs au procès de Louis XVI. Dès le début de ses séances, la Convention avait été solUcitée par les sections d'ordonner le jugement de l'ex-roi ; elle hésita longtemps à prendre la décision que les chefs de la capitale réclamaient d'elle ; elle craignait, en condamnant le monarque déchu, de provoquer dans certaines régions de la France, mais surtout
1. Ibid., 383. Le 14 octobre, Chabol déclare encore « que le parti jacobin a trois des siens au comité de constitution : Danton, Barërc et Gondorcet » {ibid., 386).