Ibid
infligée au condamné. Gondorcet se refusa à demander la mort ; mais les crimes de Tex-roi lui paraissant évidents et abominables^ il vota pour ce la peine la plus élevée en deçà de la mort «. 384 suffrages portaient la mort sans condition: ce fut une sentence capitale qui fut prononcée contre Louis XVI.
Brissot et les Girondins se déterminèrent à tenter un effort suprême, ils demandèrent qu'il fût sursis à l'exécution, pour ne point exposer la France au danger d*une guerre générale. Gondorcet prit la parole, non pour expliquer son vote, mais pour signaler à ses collègues la gravité de la situation et les conjurer de donner enfin à la nation les réformes législatives si vainement attendues.
Quelle que soit la décision de l'Assemblée, elle exposera la France à de graves dangers : épargner le roi, c'est mécontenter (Gondorcet le laisse entendre d'un mot) une partie du peuple et les sections ; ne point ajourner l'exécution, c'est déchaîner la haine de tous les princes sur la République. Le péril estdansles deux cas le même, c'est un péril mortel. Mais Gondorcet ne semble point avoir d'illusion sur le vote final : la majorité, qui s'est refusée à tout adoucissement de peine, se trouvera encore unie pour rejeter tout délai. Les souverains, dans leur fureur, a s'efforceront d'inspirer aux peuples qu'ils gouvernent leur haine pour la France, et de rendre nationale la guerre qu'ils lui ont déclarée. Ils diront que la Gonvcntion n'a immolé Louis que pour satisfaire à sa vengeance ; ils nous peindront comme des hommes avides de sang. Pour rendre la nation française plus odieuse, ils étendront sur elle les mêmes reproches, ils diront que vous avez cédé à la terreur que vous inspirait un peuple livré à l'anarchie et dominé par des sentiments féroces ^. »
Pour rendre stériles ces intrigues, il importe de montrer sans délai à l'Europe que la Gonvention nationale est au contraire juste et humaine, qu'elle abhorre le sang répandu, la guerre et les abus, et qu'elle aspire à fonder un régime de liberté, d'équité, de vérité, c'est-à-dire de bonheur et de sagesse : Gondorcet demande à l'Assemblée d'abolir la peine de mort, d'activer l'action de la