Opinion de Gondorcet, Œuvres, XII
CONSEILS DE CONbORCÊT 465
justice en augmentant le nombre des tribunaux, de décréter une loi sur l'adoption, de faire « en sorte que les noms d'enfants trouvés et de bâtards ne souillent plus une langue républicaine ^ », de mettre les pauvres à Tabri des impôts, d'organiser les secours publics, de supprimer la loterie et la contrainte par corps. «Telles sont, conclut Condorcet, les lois dont la nécessité de repousser une calomnie dangereuse vous fait un devoir de vous occuper; alors, si les despotes osent encore vous reprocher le jugement de Louis, vous leur direz : nous avons puni un roi, mais nous avons sauvé cent mille hommes
Citoyens, si vous prenez le parti le plus sévère, quelques dangers qui vous menacent, ils ne pourront vous atteindre, pourvu que, par des lois sages, hîimaines et justes, vous sachiez vous rendre respectables et chers à Thumanité partout outragée, et partout opprimée *. »
L'allocution de Condorcet fut accueillie avec enthousiasme, la Convention en décréta l'impression et l'envoi aux départements. Elle ne demandait pas mieux que d'éviter les dangers d'une coalition générale; mais elle jugeait nécessaire l'exécution immédiate de Louis XVI. 380 voix repoussèrent le sursis; 17 députés s'étaient abstenus, et parmi eux était Condorcet. Celui-ci avait voté contre la mort, il ne pouvait plus émettre un avis sur l'application de la peine capitale; les deux partis étant également fâcheux, il n'avait point à opter. Mais si, en s'abstenant, il se séparait de la Montagne, il faut remarquer aussi qu'il ne se réunissait point à la Gironde.
111. — Ainsi par sa politique intérieure, plus encore que par sa politique extérieure, par ses opinions, ses articles, ses discours et ses votes, Condorcet s'est nettement distingué à la Convention de ses anciens amis. S'il fallait l'englober dans un parti, ce serait dans la Montagne, et Lamartine a eu tort de le placer dans sa galerie des Girondins. Mais il n'est pas plus de la Montagne qu'il n'est de la Gironde ; il est en dehors et au-dessus des factions. Il est le représentant d'un système de concorde; l'idée qu'il défend, c'est la concentration patriotique et républicaine.
Cette idée était celle de Danton, et c'est pourquoi Condorcet