AU COMITÉ DE CONSTITITIÔN
avaient dirigées contre lui en 1791, étaient maintenant effacées des mémoires ; il demeurait le défenseur du peuple, le sage qui avait, le premier, proclamé les droits souverains de la nation, et nul ne semblait plus qualifié que lui pour combiner une constitution, où ces droits seraient intégralement respectés. La France attendait de lui un gouvernement de liberté et de raison, et c'est pourquoi, sur la liste des élus, il figure au premier rang.
Dans le comité, il allait retrouver celui qui, au début de la Constituante avait clé son admirateur et même son collaborateur, Condorcet ; mais, tandis qu'il était désigné au premier rang, son co-signataire de l'adresse du 19 juin 1791 n'obtint que la dernière place. La disgrâce de Condorcet, pour imméritée qu'elle soit, se comprend aisément. Pas plus que Siéyès, Condorcet n'appartient à aucun parti ; mais Siéyès compte partout de nombreux fervents, et Condorcet partout de nombreux adversaires. Il a été l'ennemi de Robespierre, et une grande partie de la Montagne ne désarme pas à son endroit, s'obstine à le considérer comme un autre Brissot. D'autre part, beaucoup de Girondins, animés d'une haine violente à rencontre de la Commune, étreints de la crainte d'un attentat imminent contre la représentation nationale, lui reprochent son attitude conciliante à l'égard des sections, et les louanges qu'il décerne à Danton. 11 ne faut donc pas s'étonner si, malgré sa notoriété, et l'éclat de son rôle passé, il n'obtient qu'à grand'peine d'entrer dans ce comité, où il souhaite passionnément d'être admis.
II. — Mais, une fois élu, il reprend vite l'influence due à soo. génie et à ses travaux. Au point de vue intellectuel, il est supérieur, de toute évidence, à ses collègues ; depuis longtemps, il "^ désiré, prévu la Hépul)li(}ue et médité sur les problèmes qu'clF soulève. Les circonstances le favorisèrent d'autre part. Les Giroir' dins furent de l)onne heure absorbés par la lutte contre Robci^^ pierre et Marat ; Danton avait assez à faire de collaborer ave^*^ Lebrun, et de diriger la politicjue étrangère de la France : Barèr^^ inter\int à plusieurs reprises dans le procès de Louis XVI. Siéyès?<!^ Paine et Condorcet, qm se tenaient en dehors des partis et de ^discussions violentes, le premier par crainte de se compromettre^^ le second par scrupule de conscience et par ignorance du fran ^ (j'ais, le troisième par faiblesse vocale, et par impuissance d'impro