‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 455 sur 520 · LE SCRUTIN · texte numérisé non relu

LE SCRUTIN

obtenu une majorité plus grande seront élus. Si, par le résultat des premières voix, la totalité des places n'est pas remplie, alors on aura égard aux secondes; et, d'après le résultat général, ceux qui auront obtenu une majorité plus grande seront élus K »

En appliquant ce système dont Condorcet développe complaisamment les mérites pendant près de vingt pages, on obtiendra des élections rapides et sincères. Les élus seront bien ceux que les citoyens honoraient de leur estime ; et, pourvus de la confiance publique, protégés contre toute pensée d'usurpation par la loi constitutionnelle, ils pourront jouir de l'initiative et de l'autorité nécessaires à l'exercice de leurs fonctions.

Tel est, dans ses grandes lignes, le projet qui fut soumis à la Convention. Le comité ne fit en général que ratifier, sans y apporter de changements notables, les propositions de son rapporteur, et le texte qu'il approuva est bien, dans ses parties essentielles, l'œuvre personnelle et originale de Condorcet. Mais on se tromperait étrangement si Ton induisait de ce fait que la constitution de 1793 est l'expression exacte et fidèle des idées de son auteur, le document type auquel il faut recourir pour connaître exactement la pensée et le système du grand philosophe. Rien n'est plus faux : Condorcet, nous croyons l'avoir prouvé, a renoncé lui-même, pour des raisons de circonstance et d'opportunité, à des solutions qu'il estimait excellentes et il en a accepté d'autres dont il a perçu clairement les défauts et les inconvénients. Il s'est attaché à trouver un terme moyen qui put ne pas exciter les fureurs de Paris, et pourtant rendre à la France la souveraineté qui lui appartenait de droit, à éviter les dangers que l'expérience des années précédentes avait révélés. Son œuvre, de son aveu même, est précaire, et appelle à bref délai une revision ; il ne l'a jamais considérée comme un monument de l'esprit humain, définitif et intangible ; le projet du comité, dit-on d'ordinaire, a été dicté par des considérations théoriques ; son auteur était un philosophe qui vivait dans l'abstrait. L'analyse des textes nous conduit à un résultat différent ; en rédigeant sa constitution, comme en écrivant ses autres ouvrages, Condorcet s'est inspiré, et des règles de la raison, et des nécessités de la politique.

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