DANS L ATTENTE
DANS l'attente
I. — Le 15 février, le président Bréard annonça que le comité de constitution avait terminé son travail et demandait à présenter son œuvre à la Convention. Au milieu d'un silence qui contrastait avec le tumulte ordinaire des séances, Condorcet monta à la tribune, et commença la lecture du long rapport qui servait . de préambule à la constitution proprement dite. Mais sa santé ne s'accommodait plus des fatigues oratoires ; il dut s'interrompre et fut suppléé par Barère. Puis Gensonné communiqua à l'iVssemblée le texte de la Déclaration des droits. Le lendemain, le même député acheva la lecture de l'acte constitutionnel.
Ses travaux terminés, le comité cessa d'exister ; il ne devait rejouer un rôle actif que deux mois plus tard, au moment où la discussion de son projet viendrait enfin devant l'Assemblée. Devenu disponible, Condorcet passa au comité d'instruction publique. Il en avait été élu membre le 13 octobre : mais un décret de la Convention, qui suivait en cela l'exemple de la Législative, interdisait le cumul : Condorcet opta avec Barère et Siéyès pour le comité de constitution. Il se décida d'autant plus volontiers à abandonner celui d'Instruction publique, qu'il y laissait, pour défendre son œuvre et ses idées, un grand nombre d'amis dévoués et de fervents admirateurs. Le comité de la Convention ne fut en eiret que le continuateur, l'exécuteur testamentaire fidèle de son prédécesseur. Dès le début, il manifesta ses sentiments en portant à la présidence Arbogast, le savant auquel Condorcet léguera ses papiers scientifiques, et qui, avec Romme, avait été le lieutenant zélé du rapporteur de la Législative. Dans sa seconde séance, il décida de lire le projet de décret que Condorcet avait annexé à son rapport ; du 20 octobre au IC novembre, il passa en revue les dispositions qui concernaient les assemblées primaires, et n'y introduisit guère que des changements de forme nécessités par la révolution du 10 août et le souci de la précision. Le 17 novembre, il abordait l'étude du titre III, relatif aux écoles
AU COMITÉ d'instruction pubuque 495
secondaires ; enfin le 27 novembre, il accepta, malgré les violentes critiques dont elle était Tobjet, la division de l'instruction publique en cinq degrés que préconisait Condorcet.
II. — 11 s'agissait maintenant de persuader la Convention ; sans attendre d'avoir achevé la revision de tous les articles soumis à sa sanction, le comité désirait obtenir sans délai le vote du décret organisant les écoles primaires. Mais l'Assemblée se montrait hésitante et capricieuse. Après avoir mis le rapport de Lanthenas sur la question à Tordre du jour du 22, elle avait changé d'avis etavaitvoté Tajournement. Ce fut seulement trois semaines plus tard, le 12 décembre, que la discussion commença. Le projet du comité, c'est-à-dire celui de Condorcet, fut violemment attaqué par divers orateurs, comme Durand de Maillane et Masuyer. Le second reprocha au plan proposé d'être trop centralisateur ; le premier s'éleva contre l'institution d'une Société nationale, qui serait une corporation oppressive et tyrannique, et contre la gratuité de renseignement. Reprenant les théories de La Chalotais, il déclarait que l'État ne devait ni salarier les maîtres des degrés supérieurs, ni développer trop l'instruction. On pouvait s'attendre à ce que Condorcet prît la parole pour défendre son œuvre : il garda le silence. Il se sentait hors d'état de traiter la question avec tous les développements nécessaires ; il avait exposé, dans son rapport, les principes qui l'avaient guidé, et les conséquences auxquelles ils l'avaient conduit: il n'avait rien à ajouter. D'ailleurs il ne pouvait guère redouter l'échec de son projet. L'Assemblée avait accueilli le discours de Durand de Maillane avec une défaveur évidente*, et Jacob Dupont avait, dans un admirable discours, énergiquement soutenu le comité ^ L'affaire semblait en bonne voie, et larticle 1 avait déjà été voté, quand soudain, par suite d'une faute de tactique, peut-être volontaire, du rapporteur Lanthenas ^ le débat se trouva déplacé. Au lieu de s'occuper des écoles primaires, la Convention voulut arrêter d'abord l'ordonnance générale du système ; elle entendit, sur ce sujet, un rapport magistral de Romme ; mais elle avait hâte