Ihid
4. IbicLf 47j-i7G. Condorcet ne s'acquitta pas de celle mission ; car, le 15 juin, le comité désigne pour commissaires Massieu et Lakanal.
NÉCESSITÉ DE L LMON 497
abstention ? A-t-il jugé qu'il avait trop écrit pour avoir encore à parler ? Les matières en discussion Tont-elles moins intéressé? A-t-il constaté que ses idées ne rencontraient plus l'approbation d'autrefois au sein du comité renouvelé? A-t-il désespéré du succès? Toutes les hypothèses sont permises ; mais la raison véritable nous semble être tout autre. Si la convention tarde à discuter le plan d'instruction publique, c'est qu'elle est distraite par d'autres préoccupations plus angoissantes ; c'est aussi qu'elle a perdu tout sang-froid, et que les querelles de personnes absorbent tout son temps. Quelque intérêt que présente le problème scolaire, il n'est point le plus urgent : ce qu'il faut avant tout, c'est pacifier les esprits, sauver la France, et de l'invasion étrangère, et de ses propres divisions.
m. — La condamnation de Louis XVI n'a fait qu'aviver la lutte des partis, et la coalition de tous les souverains d'Europe contre la France a rendu cette lutte plus néfaste que jamais. Toute récrimination serait injuste et inutile. Il n'a été au pouvoir de personne de maintenir la paix : les rois ne pouvaient souffrir, une République dans le voisinage de leurs états. Après avoir provoqué la mort de Louis XVI par leurs intrigues et leurs excès, ils ont saisi cette mort comme un prétexte excellent de rupture *. Il s'agit de regarder en face le fait accompli, et d'organiser la résistance nationale. Hn face du péril, les divisions doivent ces-
1. Chronique de Pans, 1793, I, 133-134 (3 février 1790). L'Assemblée avait déclaré la guerre à l'Angleterre le 1" février, et décrété la rédaction d'une Adresse au peuple anglais. Barëre, Condorcet, Fabre d'Kglantine et Paine furent chargés de la composer : « On pense bien, écrit Barère, que ce fut à Condorcet que nous remimes le soin de cette rédaction... Peu de jours après, Condorcet m'apporta son travail. C'était un projet d'adresse, non pas aux Anglais, mais aux nations de l'Europe... Le discours me parut le chef-d'œuvre de cette raison, et de ce talent sage et philosophique qui caractérisent les œuvres de Condorcet. 11 y parlait à 2 reprises des scènes sanglantes de la Révolution, et il y rejetait au nom de la nation les massacres du 2 septembre sur ses exécrables auteurs et sur les ennemis aussi hypocrites qu'atroces de nos vrai^ principes et de notre véritable liberté.» Fabre d'Églantine fit adoucir quelques passages, mais l'adresse ne fut plus réclamée par la Convention, et demeura entre les mains de Barère qui la bnlla en brumaire an II de crainte d'une persécution. Tel est le récit de Barère ; il ne reste à l'Institut aucun vestige d'une pareille adresse. On remarquera seulement que V Adresse de la Nation française à tous tes peuples, datée de février 1793, remplit tout à fait les conditions indiquées par Barère. Barère, Mémoires, II, 297-299 ; Œuvres, XII, 503 et sq. Cf. Mège., Bancal, 386, note.
Cauen. 32
498 i>ANs l'attente
ser : le sang-froid est le premier devoir des bons citoyens. On reproche à une partie des membres de la Convention de vouloir ruiner Tunité de la République. Le grief n'est pas fondé. Condorcet écrit le 9 février : « L'accusation de fédéralisme est devenue une des injures à la mode : c'est une des lisières avec lesquelles les fripons conduisent les sots ; c'est un de ces poignards que l'on forge dans l'antre de la calomnie pour en percer les vrais amis de la liberté*. » Le 21 février, il protestait encore contre l'accusation dirigée contre les (iirondins * ; et, le lendemain, il blâmait en ces termes l'indulgence que la Convention avait montrée envers les administrateurs du Var, coupables d'avoir retenu une partie des contributions publiques dans leur caisse : « Trop de rigueur ne saurait être déployé contre de pareils abus. Quel serait l'espoir de la République, si, sous le prétexte d'une nécessité locale, les administrateurs s'isolaient ainsi du centre commun, et tarissaient la source qui doit porter la vie dans toutes les parties qui composent son indivisible unité ? La frayeur de ceux qui redoutent l'établissement du fédéralisme ne serait-elle pas alors trop justifiée, et les reproches, faits tant de fois aux départements méridionaux, ne trouveraient-ils pas leur excuse dans ces exemples ^ ? »
Ainsi Condorcet défend les Girondins contre les accusations de fédéralisme, et il voudrait que, pour dissiper ces légendes, la Convention réprimât sévèrement toute velléité séparatiste. Mais, d'autre part, il blAme les emportements de ses anciens amis, leurs attaques contre la Montagne, leur défiance malavisée à l'égard de Paris. Ceux qui représentent la Convention comme contenant un parti dangereux d'anarchistes sont aussi néfastes, pensc-t-il, (|ue ceux (jui excitent les violences, car ils privent la représentation nationale de la confiance populaire *. C'est surtout la proposition de former une garde départementale, qui excite sa colère. « Ce n'est point à Paris (pic doivent se porter les forces de la Républi(|uc, c'est aux frontières; c'est là et là seulement que les vrais amis de la liberté et les généreux défenseurs de la patrie