‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 465 sur 520 · DANS 1/ ATTENTE · texte numérisé non relu

DANS 1/ ATTENTE

il sait d'ailleurs, « au milieu de ses illusions, qu'il a besoin de la paix pour s'établir dans la Pologne et la conserver; il sait que plus de la moitié de ses l^tats a été formée de nouvelles conquêtes, qui peuvent lui être ravies en un moment. » L^empereur, de son côté, n'ignore pas « que la mort de l'impératrice de Russie ou du roi de Prusse changerait la face des affaires ». Enfin les deux grands états allemands « n'ont ni crédit ni argent, et TAngleterre ni la Hollande ne sont en état d'y suppléer ».

La paix n'est donc pas imp(»ssil)le. La 'France ne doit négliger aucun moyen de la conclure. « 11 faut donc commencer par bien établir dans la Convention, quand il s'en présentera des occasions, dans les dépêches à nos ministres auprès des puissances neutres, dans les lettres aux généraux, aux commissaires de l'Assemblée, et toutes les fois qu'il y aura occasion de parler de paix, que la France est prête à négocier avec les puissances qui auront reconnu la République, c'est-à-dire qui parleront de la Convention et du gouvernement comme de pouvoirs légitimes institués par une nation libre. 11 faut établir de plus que la France, n'ayant fait la guerre que pour se défendre et sachant la faire comme les peuples libres, ne consentira à aucun démembrement de son territoire ; qu'enfin, comme elle est indépendante, elle n'entrera dans aucune négociation qui aurait pour objet quelque modification à ses lois, quel(|ue disposition particulière à sa constitution. » La F'rance peut en outre se déclarer prête à entrer dans toute négociation qui aurait pour but l'insfitulion, en Belgique et en Hollande, d'un « gouvernement mixte », la garantie de l'indépendance du corps germanique et la sécularisation des domaines ecclésiastiques. a Comme toutes les puissances liguées contre nous ont sur ces pays des intérêts ou du moins des projets opposés, nous parviendrons avec un peu d'adresse à tenir la balance entre elles. «

La difficulté principale réside dans l'ouverture (le's pourparlers. La France doit agir avec réserve et ne point se mettre directement en avant. C'est par une campagne discrète de presse qu'il faut agir sur l'opinion anglaise, a|)puyer les arguments et les attaques du parti d<» l'opposition, sans les compromettre par une approbation patente. Si, contre toute vraisemblance, on veut gagner l'Autriche, il faut envoyer à Florence un vice-consul, homme d'esprit, philosophe économiste, qui gagne la sympathie du comte

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Manfredini. En Prusse, il faut remettre le soin d'agir à Lucchesini, qui a toujours détesté l'Autriche et la Russie et a qui les hait d'autant plus qu'après avoir agi contre ces deux cours, il se voit obligé de les servir ». Quand ces premières démarches secrètes auront porté leurs fruits, il sera temps d'agir ouvertement et d'arrêter, s'il y a lieu, une démarche officielle et publique.

V. — Tel était le programme politique que Condorcet entendait défendre au sein du comité : il n'en eut pas le temps. La trahison de Dumouriez avait ému profondément les esprits, discrédité les Girondins. L'aggravation de la situation militaire exigeait des mesures énergiques et rapides. Le comité de défense générale comptait trop de Girondins, et était trop nombreux pour avoir l'autorité nécessaire. La Convention, le 6 avril, lui substitua un nouvel organe, le comité de salut public. Malgré les efi'orts de Barèrei, Condorcet n'en fut pas élu membre ; mais il eut toutefois une action politique notable; il exerça des fonctions occultes, mais définies et importantes. Il ne fut pas seulement le conseiller, il fut l'interprète du nouveau comité. Chaque fois qu'il fut nécessaire de rédiger une adresse, une proclamation, ce fut à Condorcet que l'on s'adressa. Le manifeste que la Convention adopta le 16 avril pour protester contre l'arrestation do ses commissaires est Tœuvre presque intégrale de Condorcet. Il en est de même pour les trois adresses approuvées le 23 mai, et la bibliothèque de l'Institut conserve encore plusieurs manuscrits de proclamations contemporaines, qui, pour des raisons diverses, ne vinrent point en discussion.

Condorcet ne s'en tint point à cette action dissimulée et honteuse. Le comité de salut public sous l'inspiration de Danton, cherchait à obtenir l'apaisement des esprits, et la concentration de toutes les forces révolutionnaires dans l'œuvre patriotique de la défense nationale. Condorcet, de son côté, s'employa à défendre la même politique. H savait que plusieurs départements se montraient inquiets et irrités. Ses électeurs de Saint-Quentin lui avaient envoyé copie d'une adresse anxieuse et menaçante qu'ils avaient expédiée à la Convention. « Nos ennemies, disaient-ils.

1. Barère demanda à la Convention de charger Condorcet d'organiser le nouveau comité. Âulard, Actes du Comité de Salut public. If, i.'j,

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sont partout, avec Cobourg, dans nos foyers ; les plus dangereux sont parmi vous... Législateurs, au milieu de vous sont les auteurs de CCS adreux déchirements qui désolent la patrie, qu^ils soient punis ! Que les clameurs, que les menaces d'une poignée de scélérats ou d'hommes égarés ne vous empêchent pas de nous présenter une constitution toute républicaine, et basée sur les droits sacrés de Thomme. Paris n'est pas le souverain, et les interrupteurs de vos tribunes ne sont pas le peuple français. Vous représentez une grande nation, faites-la respecter* !... »> Condorcet veut calmer cette inriuiétude et compose une Adresse des dépotés de V Aisne aux citoijens de leur déparlement ^. 11 engage les Français à se serrer plus étroitement que jamais autour de la Convention ({ui représente la loi, de mépriser les calomnies par lesquelles on essaie de rompre l'union des bons citoyens. LWssemblée est digne du respect de tous ; son patriotisme comme ses principes sont au-dessus de tout soupçon ; ses membres unanimement veulent la République ; tous se préoccupent de donner sans relard à la France les justes lois qu'elle attend. Il appartient fiux hommes éclairés de faciliter sa tâche en déjouant les intrigues des aristocrates et des royalistes, en gardant le calme et la possession de soi. Us ne doivent point exagérer l'importance de mouvements tumultueux ({ui attestent plus l'ignorance que la mau\aise volonté chez leurs figurants, il leur appartient aussi de montrer aux factitMix, par des démarches calmes et solennelles que leurs complots sont connus, et (|ue la majesté nationale ne soullVira point d'outrages.

D'autre part, Condorcet se retourne vers la Convention, et la conjure en une autre brochure \ de songer au péril de la France, et de prendre toutes les mesures propres à pacifier les esprits. Il lui demande d'oublier ses vaines querelles, de se montrer moins crédule à tous les bruits, à toutes les médisances, de garder dans ses délihérations la dignité et le silence qui conviennent auxrefin*sentants d'un grand |)eu[)le; il la sollicite de \otersans relard h'S

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