‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 47 sur 520 · DÉMOCRATIE ET RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

DÉMOCRATIE ET RÉPUBLIQUE

sonne ne peut, sans violer le pacte social, leur proposer, ou leur imposer un pareil sacrifice. Les considérations utilitaires qu'on invoquerait pour justifier la suppression de la liberté politique sont dénuées de valeur; la liberté politique est d'un prix infini pour les hommes : elle leur garantit le respect de leurs droits * .

Une constitution rationnelle est donc nécessairement démocratique. Plus elle permettra à la volonté nationale de se manifester librement, meilleure elle sera. La conclusion logique de ce qui précède, c'est que la République est le gouvernement idéal Condorcet a-t-il été assez hardi pour accepter cette conséquence radicale de ses principes? 11 a, en 1790, et en 1791, répondu lui-même à cette question par Taffirmative. Dans son Éloge de, Franklin ^, il laisse entendre qu'il n'a point attendu la Révolution pour être républicain, et, au moment de la fuite de Varennes, il profère des déclarations analogues'. Mais des plaidoyers tardifs (quand même ils sont sincères et ne peuvent s'expliquer par aucun motif d'intérêt) rencontreront toujours des sceptiques ; pour avoir le droit d'affirmer, il faut se nantir d'autres preuves. L'œuvre du philosophe nous en fournit, qui nous paraissent décisives. L'admiration passionnée, sinon aveugle, de Condorcet pour les constitutions républicaines des États-Unis, et notamment celle de Pennsylvanie, l'enthousiasme avec lequel il salue, dans la Révolution d'Amérique, comme Goethe dans la journée de Valmy, le point de départ d'une ère nouvelle, et le réveil des peuples jusque-là engourdis par la servitude, constituent un premier élément de convictij^n ; s'il n'avait pas été républicain, comment n'eût-il pas déploré la décision de ses amis du Nouveau Monde d'essayer de la République? Dans un petit pamphlet manuscrit, intitulé les « Propos Indiscrets » *, il conseille aux ministres de Louis XVI de ne point encourager leur maître aux actes d'arbitraire : car le pouvoir royal n'est qu'une délégation de la souveraineté popu-

1. Vie de Turgot, Œuvres, V, 210; Ass. provinciales, Œuvres, VIII, 127; Notes sur Voltaire ^ Œuvres, IV, 299.

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