LA RETRAITE
I. — L'échec de son projet constitutionnel dut être fort sensible à Condorcet : les événements qui suivirent raffligèrent encore plus. Il n'avait plus depuis longtemps déjà d'illusions sur la fatalité des catastrophes que, depuis Touverlure de la Convention, il avait prévues, et tâché d'empêcher. Les fautes des Girondins, les violences de Marat avaient porté leurs fruits : un attentat se préparait contre la souveraineté nationale. « Frères et amis, écrivait Condorcet, je crois devoir à votre patriotisme quelques détails sur la situation actuelle de Paris et de la Convention. Le projet de la détruire par l'expulsion violente ou le meurtre de quelques-uns de ses membres ne peut plus être révoqué en doute. On connaît quelques-uns de ceux qui l'ont formé : il favorise trop les vues des ennemis étrangers et des émigrés, de toutes les factions pour ne pas croire qu'ils y aient une grande part. Mais jusqu'où s'étend leur influence ? Ceux qui secondent ces trames criminelles sontils les agents secrets d'un tyran intérieur, obéissent-ils seulement à leurs passions haineuses, voilà ce qu'il est difficile de savoir*... »
Quelque désespéré qu'il fût, Condorcet chercha à retarder le plus possible la rupture définitive entre le peuple de Paris et les députés (iirondins. Le 13 mai, rompant le silence auquel il s'était si longtemps condanmé, il demande à l'Assemblée de dé-