MOTION DE CONDORCET
créler que les assemblées primaires se réuniront de plein droit le 1*^ novembre, soit pour ratifier la constitution, si elle est terminée, soit pour élire une nouvelle Convention*. Cette proposition n'est point une tentative suprême en faveur d'un projet injustement délaissé ; elle n'est pas davantage, comme Ta cru à tort Mortimer Ternaux *, destinée à permettre aux départements de blâmer la politique de la Montagne et à provoquer Tépuration de la représentation nationale ; elle n'est nullement la reproduction des motions girondines tendant, soit à changer la résidence de la Convention, soit à dresser, en face de l'Assemblée prisonnière, une autre Assemblée libre ; elle émane au contraire d'une pensée de concorde et de paix ; elle est le complément de la motion que Danton avait soutenue le 10. Les départements redoutent la tyrannie de Paris ; ils l'accepteraient pour un moment dans l'intérêt du salut public ; mais ils se refusent à la subir longtemps. 11 faut leur montrer que leurs craintes sont vaines, et quel moyen plus sur de les calmer que la proposition de Condorcet ? Au bout de 6 mois, quoi qu'il arrive, la nation redeviendra souveraine, elle pourra exprimer sa volonté. Les députés qui ont voté ce décret ne poursuivent donc aucun but d'intérêt personnel, aucune pensée ambitieuse. Us savent et ils proclament que leur premier devoir est de donner au peuple une constitution républicaine ; s'ils renoncent à l'honneur de combiner les lois qui régiront la France, c'est qu'ils auront dû s'occuper de problèmes plus immédiats et plus urgents ; s'ils ont maintenu le régime révolutionnaire, c'est qu'ils n'ont pu agir autrement. Ainsi le discours de Condorcet n'a point pour but véritable d'engager la Convention à voter une constitution avant le 1" novembre 1793; elle a au contraire pour objet, on n'a pas encore mis ce point en lumière, de faire prévoir au peuple que la constitution ne pourra vraisemblablement être votée avant cette date, et d'apaiser le mécontentement que cet ajournement produira chez beaucoup d'électeurs.
La motion de Condorcet fut très applaudie ; et beaucoup de députés réclamèrent qu'on la mît aux voix ; mais elle ne pouvait plaire aux Jacobins qui n'entendaient point assigner une date