Publié dans Œuvres, Xrr
t. Mortimer Ternaux, op. cit., VII, 200.
518 LA RETIIAITE
préciso à la cliiite du gouvernenienl révolutionnaire, et à favèncmcnt d un état de choses légal: Thuriot demanda donc la question préalable. A la réflexion, un revirement s'était produit dans l'Assemblée : Tajournement fut décrété.
Fidèle à sa politique antérieure, Gondorcet souhaitait que la Convention se conciliât les départements, et qu'elle s'abstint de provoquer Paris. Si, le 10 mai, il a paru Girondin, 15 jours plus tard, il fait cause commune avec les Montagnards. Le 28 mai, il vote avec Carra, Daunou, Cambacérés, le non -rétablissement de la commission des Douze* : il eut voulu que la Convention n'avouât point l'attentat dont elle avait été victime et la pression qu'elle avait subie. La majorité de ses collègues adopta un avis différent, et leur attitude imprudente détermina les insurrections du 31 mai et du 2 juin.
II. — Cc:idorcet n'avait point été menacé. Ni Robespierre, ni Marat, n'avaient osé l'inscrire sur la liste des otages. Il tint pourtant à honneur de protester contre la proscription qui frappait certains de ses collègues ; il rédigea, de concert avec les autres députés de l'Aisne, une adresse à ses électeurs, où il racontait le fait accompli^. Ce qui frappe dans ce document, c'est sa modération. L'auteur ne dénonce point la capitale à l'indignation de ses lecteurs ; il ne réclame pas vengeance des forfaits du 31 mai et 2 juin ; il se borne à exposer à ses commettants les « événements qui, menaçant la République de séparations funestes, exigent que vous déployez, pour la sauver, tout votre patriotisme, toutes vos lumières et tout votre courage ». L'adresse se terminait par ces mots: « Tel est, citoyens, le tableau lîdèle de ces événements qui, par l'eiïet d'une interruption dans les communications aussi imprudente que coupable, ne vous sont parvenus peut-être {\u exagérés el défigurés. Vos lumières et votre patriotisme vous suggéreront les mesures sages, mais fermes, mais efficaces que vous devez prendre pour assurer l'entière liberté de la représentation nationale, réparer l'outrage fait à la majesté du peuple français, rétablir la liberté de la presse, et Tinviolabilité
1. Morlimer Ternaux, Histoire de la Terreur , VII, 304; Garât, Mémoires,
2. Adresse des députés du département de l* Aisne... (EUe n*a pas été publiée par Arago, mais se irouve imprimée dans Morlimer Ternaux» VII, M9}
JOURNAL D'iNSTniJCTION SOCIALE 519
de la foi publique ... *» Ainsi Condorcet ne préconise aucune scission, aucune rébellion ; sa protestation est en même temps un appel au calme et au sang-froid.
111. — Apres avoir ainsi dégagé sa responsabilité, Condorcet quitta la Convention. On ne trouve plus son nom dans les procèsverbaux du comité d'instruction publique. 11 se savait suspect ; le malheur qu'il avait tenté d'éviter était accompli ; il n'avait momentanément rien à faire dans la Convention mutilée. 11 ne se désintéressa point pourtant de la politique. Toutes les .calamités de la Révolution avaient eu pour cause l'ignorance du peuple, et c'est à éclairer le peuple que Condorcet se dévoue. En 1790, il avait créé le Journal de la Société de 1789 pour répandre les idées de liberté et de progrès dans la classe éclairée. En 1793, il se propose un but plus vaste et plus démocratique : « Dans un moment, écrit-il, où tous les citoyens sont appelés à la discussion de leurs intérêts et à la défense de leurs droits, rien ne peut être plus utile que de les prévenir, et contre les erreurs où l'ignorance pourrait les entraîner, et contre celles où, dans l'espoir d'en profiter, des hommes avides et ambitieux chercheraient à les faire tomber^. » « Toute société qui n'est pas éclairée par des philosophes est trompée par des charlatans. iNous ne pouvons en avoir ici qu'une espèce à combattre : les charlatans politiques. Tous ne sont pas des Césars ou des Cromwells ; mais, en ce genre, il suffit d'un médiocre talent et souvent d'un bien petit intérêt pour faire beaucoup de mal. Tous suivent la même marche, tous veulent être les favoris du peuple avant d'en devenir les tyrans... Montrer au peuple les pièges où ces hommes veulent l'engager, est donc un des premiers devoirs des écrivains qui se dévouent à la cause de la vérité et de la patrie ^ »
C'est à ce devoir que Condorcet entreprend de satisfaire, en fondant avec Siéyès et Duhamel le Journal d'instruction sociale. On serait donc tenté de croire que cette feuille va être un journal d'opposition, qu'elle combattra les maximes des charlatans^ c'està-dire en l'espèce de Robespierre et de ses amis. On est tout
1. Mortimer Ternaux, op. cit., VII, 552. Seuls Saint-Just cl Dupin ne signèrent point.
2. Journal d'instruction sociale, Prospectus, Œuvres, XII, 604.