‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 477 sur 520 · LA PROSCRIPTION · texte numérisé non relu

LA PROSCRIPTION

I. — En rédigeant sa protestation, Condorcet n'ignorait point qu'il s'exposait aux plus graves dangers. Dès le 28 juin, l'adresse des députés de l'Aisne à leurs commettants avait été dénoncée au comité de sûreté générale, et celui-ci avait arrêté immédiatement : 1° oc Que le décret d'accusation sera demandé à la Convention nationale contre les signataires par son rapporteur Dumont (de la Somme), pour avoir fait à leurs commettants un exposé infidèle, calomnieux, injurieux à la Convention nationale, et avoir exhorté à ne pas regarder comme ennemis ceux qui tenteraient une vexation à prendre des mesures (sic); 2'^ que le même rapporteur demanderait un décret de censure contre Jean de Bry, pour avoir adhéré à cet écrit liberticide sur l'exposé de ses collègues, et par une confiance dangereuse leur civisme'. » Dumont s'acquitta de sa tâche le 30 juin ; mais, malgré l'aide que lui prêta Legendre, il n'obtint pas gain de cause '^. Parmi les signataires de l'adresse, figuraient certains députés populaires, qu'on hésitait à incriminer, notamment Jean de Bry; et Condorcet lui-même était protégé encore par l'éclat de ses services et de son nom.

La Lettre aux citoyens français sur la nouvelle constitution changea tout. Les Montagnards, dont elle blâmait avec véhémence la conduite, la considérèrent comme un acte de haute trahison, comme une exhortation à la révolte. Condorcet, qui avait si fréquemment soutenu Danton contre ses amis, qui avait si nette-

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