‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 479 sur 520 · LES PERQUISITIONS · texte numérisé non relu

LES PERQUISITIONS

ayant vue sur la rue et sur le jardin, dans lequel appartement ayant été introduits, nous avons trouvé la c. Condorcet... ; laquelle c. femme Condorcet a fait répondre qu'elle croyait que son mari était à Paris, qu'elle ignorait s'il reviendrait ou non aujourd'hui*. » La maison était vide. Les délégués durent se borner à apposer les scellés sur quelques meubles et se retirèrent fort mécontents.

A l'heure où Ton venait ainsi l'arrêter dans sa maison de campagne, Condorcet était en effet rentré à Paris, comme l'avait dit sa femme, et il avait trouvé rue Servandoni un asile sûr et discret. Les projets du comité n'avaient point été si secrets que les amis du philosophe n'en eussent point eu connaissance ; plusieurs députés, qui n'auraient point osé défendre leur collègue à la tribune, étaient tout disposés à l'avertir sous le manteau du danger qui le menaçait. Un homme fort répandu et fort dévoué, ami et admirateur de Condorcet*, Cabanis, était mieux placé que quiconque pour être informé des nouvelles. Médecin réputé, très lié avec beaucoup de personnages politiques, fervent de la Révolution, sans s'être jamais mêlé à la lutte des partis, il était en mesure de connaître exactement et les gens et les choses, et ce fut lui qui sauva le proscrit. Dès (ju'il apprit la dénonciation de Chabot, il accounit à Auteuil et décida Condorcet à chercher un refuge dans la capitale. La fuite fut d'ailleurs assez difficile ; Condorcet était parti tard, et avait peu d'avance ; pour assurer son salut, pour dépister les agents, Cabanis organisa, semblc-t-il, une véritable comédie.

« Ayant accompagné hier mon collègue Blanchard à Auteuil, écrit l'un d'eux, Mercier, je dois au Comité les observations que j'ai faites. J'ai vu la municipalité moins susceptible de se prêter aux actes révolutionnaires que de les entraver. D'abord nous arrivons chez le maire, dont l'aspect annonçait un de ces honnêtes gens ; son insouciance, au moins apparente, après la lecture du décret, nous décèle plus qu'un modéré, un ami de Condorcet. Au lieu de répondre à l'injonction du souverain, de s'orner de l'écharpe qu'il me semble indigne de porter, il nous envoyé à son voisin,

i. At^h. XaL F 7/1443, n" 29. Cf. Collection Parent de Rozan, 40, dossier Condorcel.

2. Cabanis allail épouser M"* de Groiichy, sœur de M'"^ de Condorcet.

526 i\ pROscRrpTio^ï

homme bénévole qui se laisse doucement entraîner à Texercice de ses fonctions. Le peu de temps qu'il fallut à ce magistrat pour se culotter nous fît perdre ce qu'aurait gagné un sans-culotte ; pendant ce temps, je crois que Toffîcieux ami de Condorcet, la Roche, a agi ou fait agir à contresens; car, arrivé chez M"* Condorcet à 8 heures, Talarme était au camp. Cabanis, intrigant si connu, médecin de son métier et pourtant officier municipal d'Aiîteuil, était avec M"" Condorcet, et la quitta d'un air empressé pour aller, dit-il, chez M"*" Ilelvétius. Je sortis aussi, moi, avec le procureur de la commune, seul magistrat que j'aie vu là digne du peuple. Chemin faisant, nous apprenons ce qui se passe, nous savons que Condorcet était à l'instant chez Jean de Bry, qui loge chez la citoyenne Pignon, femme à caractère représentatif et partant insignifîant ; nous y allons aussitôt avec le procureur-syndic. M""" Pignon paraît, et le citoyen Cabanis est encore là qui répond pour sa dame et dit qu'en effet Jean de Bry logeait ici, mais qu'il était malade, même au lit. Le procureur-syndic y monta et trouva le lit bien fait, et Jean de Bry absent. Le domesti<|ue dit qu'il était en promenade; il était alors 9 heures et demie du soir, et bien nuit pour un malade, à qui le serein est contraire. Je dis à Cabanis qu'en sa qualité de membre de la commtine d'Auteuil, il serait plus dans l'ordre, étant revrtu de son écharpe, qu'il nous aidât à trouver les coupables que de s'évertuer à les soustraire à la loi. Il se le tint pour dit, et je ne le vis plus. De retour chez Condorcet, le jardinier m'a dit, qu'il était là tout à l'heure; je me tins dans la cour avec les sans-culottes armés '. » Ce lut en vain. Condorcet ne reparut pas.

m. - Il avait profité de ces manœuvres pour prendre de l'avance et dépister les reeherches. (iuidé par deux amis de Cabanis, Pinel et U()>er-, il s'empressait de se rendre à l'asile <|u'on lui avait ménagé, me Servandoiii, chez une femme Agée, M"*" Vernet, (|ui recevait quelques pensionnaires dans sa maison. Loger un proscrit, eVtait s'exposer à la mort. M™*" Vernet avait ^té de suite informée de la vérité par PineP. L'homme qu'on lui demandait

Page 1