LA i>uosi:kii»tion
Le f^rospecliis cl le Tableau liislorique ne frappent pas seulement le leei(Mir par l'éteinhic de \cuv matière, la heaiité de leur ord(miiaiice, rintérèl de leurs développements; ils rétonnent eneore par leur sérénité. On demeure confondu d*admiration en pensant <|ue cette œuvre si objective, si impartiale, est d'un proscrit, et le fait d^ivoir pu oublier ses périls et s'absorber dans des spéculations aussi liantes et aussi abstraites dénote cliez Condorcet une force d'àme et une puissance d'esprit qu'on ne saurait trop célébrer. Même (juand il traite de la dixième époque, qui est celle de la Hévolulion, le pbilosopbe n'émet aucune plainte, aucune récrimination. Jamais une allusion aux injustices dont ses amis et lui ont été \ietimes. Lessouflrances individuelles ne valent pas (ju'on s'y arrête ; c'est d'après le sort du commun des hommes qu'il convient de jui^er les temps. La persécution n'a donc pas altéré l'indépendance tl'esprit et la bciuteur de vues de Condorcet ; cliose plus étonnante, elle n'a pas modiiié ses convictions. Parmi les victimes de la Terreur, beaucoup, sous l'action de la fra\euret du ressentiment, ont brusquement changé d'idéal et de parti, et, de républicains ardents qu'ils étaient, sont devenus (mi des timides ou de fervents réactionnaires. 11 n'en a point été ainsi de Condorcet. Le fragment de la dixième époque, (|ui peut passer pour son testament politique, est le résumé exact et intéirral de son (ruvre antérieure : il n'a rien abdiqué de ses espoirs; il n'a abandonné aucune des idées, aucune des théories ou des solutions qu'il avait naguère défendues.
La Uévolution américaine, puis la Révolution française ont ouvert au monde une nouvelle ère, une ère de liberté et de justice. Il n'est plus au |»ouvoir de personne d'en interrompre leproirrès. « Les principes de la constitution française, écrit Condorcet, sont déjà ceux de tous les bonnnes éclairés. Nous les y verrons trop répandus et trop bautemeni professés pour que les efTorts des tyrans el des prêtres puissent les empêcher de pénétrer peu à peu jus(|u'au\ cabanes de leurs esclaves; et ces principes y réveilleront bientôt un reste de bon sens, et cette sourde indignation que riiabilude de rbumilialion el de la terreur ne peut étouffer dans Tàme des opprimés'. » bientôt le mouvement s'étendra.
i. Pru^pn-tus, 10" époque, p. 163.