LE TABLEAU HISTORIQUE
Condorcel, avec un sens vraiment prophétique, annonce que le Nouveau Monde ne tardera point à se séparer de Tancien, que la population européenne absorbera peu à peu ou civilisera les tribus sauvages. L'esclavage disparaîtra de la surface de la terre, le monde ne connaîtra plus, en fait d'empire, que celui de la raison. « Il arrivera donc, s'écrie Condorcet, dans un transport d'enthousiasme, ce moment où le soleil n'éclairera plus sur la terre que des hommes libres * ! »
11 importe, et c'est le devoir du législateur de mettre à l'abri des nsques ordinaires la liberté renaissante, et le meilleur moyen de prévenir le retour offensif de la servitude, c'est d'établir entre les membres de la société la plus grande égalité possible. La nature hait Tinégalité, comme toutes les crises, et tous les extrêmes ; il ne s'agit donc pour l'État, que de faciliter son action, de favoriser la division des fortunes par des lois civiles équitables, le développement et la circulation des richesses par des lois économiques libérales, peu nombreuses, et surtout par la multiplication des voies de communication. Mais la nature, d'autre part, ne permet pas d'arriver jamais à une égalité parfaite ; les hommes ne se ressemblent point; ils n'ont ni la même constitution, ni la même intelligence ; le hasard sourit aux uns, accable les autres ; il appartient ici à l'État de réagir contre l'injustice brutale du sort, contre la différence des conditions sociales. Il peut détruire d'abord cette « cause nécessaire d'inégalité, de dépendance, et de misère qui menace sans cesse la classe la f)his nombreuse et la plus active de nos sociétés » — Tinsuffisance des salaires — « en opposant le hasard à lui-même^ », en créant des caisses d'accumulation et d'épargne, en mettant le crédit à la portée de tous, en favorisant le développement des assurances. L'ignorance, d'autre part, est une servitude véritable. 11 est vain de penser que jamais les hommes seront intellectuellement égaux : mais TÉtat peut empêcher que les humbles et les pauvres ne soient à la merci des citoyens plus aisés, en procurant à tous une instruction générale qui suffise à « exclure toute dépendance ou forcée, ou volontaire ». « On peut instruire, dit Condorcet, la masse