Dionys du Séjour
3. Il a dû dire 505, n** de sa maison; les membres du comité de surveillance ont mal transcrit.
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veillance jugent le cas suspect, et décident de faire conduire le prétendu Pierre Simon au chef-lieu du district.
Condorcet ne pouvait pas marcher : une charrette fut réquisitionnée, qui le conduisit à la prison de Bourg-Égalité. Il y fut écroué. Se jugea-t-il alors perdu ; et, n'ayant plus d'espoir, voulut-il se délivrer au moins des tourments du procès, de la honte de féchafaud, en s'empoisonnant? C'est l'explication ordinaire: la légende est même étonnamment précise sur un fait qui n'a point eu de témoins. On raconte que Condorcet aurait porté sur lui, sous le chatton d'une bague un poison foudroyant, mélange de stramonium et d'opium que lui aurait généreusement livré Cabanis. Cabanis aurait aimé du reste à faire à ses amis des cadeaux de cette sorte : il aurait gratifié Jean de Bry et Du Chàtelet de la même composition libératrice. La légende a été acceptée de suite. Les premières gravures que nous possédions sur la mort du philosophe, et qui datent de 1795, reproduisent déjà, en bonneplace, les accessoires obligés du drame, la bague, et le verre d'eau. Condorcet y est représenté, à moitié dévêtu, assis sur une chaise, le haut du corps renversé sur le lit. Le geôlier vient d'entrer avec la garde, et recule stupéfait en constatant la mort de son prisonnier. Vulgarisée dès 17î)5, ridée du poison a été accueillie par tous les écrivains postérieurs. Bien ne nous en prouve cependant la vérilé. L'officier de sanié constate dans son rapport, que le défunt a succombé à une congestion sanguine. Le témoignage d'un officier de santé est assurément sujet à caution ; mais force nous est de constater (juc jamais Cabanis n*a parlé de son présent, que lors do leurs démarches pour obtenir la rectification de l'acte de décès du faux Pierre Simon, M"** de Condorcet et ses proches n'ont jamais émis l'hypothèse d'un suicide. Enfin, à Clamart, Condorcet avait été soigneusement fouillé et dépouillé de tout ce qu'il p()ssédait, on lui avait pris sa montre, son porte-mine, son canif, son rasoir, Tllorace qu'il avait sur lui. Comment lui aurait-oD laissé sa l)aguc * ?
Ainsi l'idée de l'ompoisonnemenl se heurte à de sérieuses difficultés ; celle de la mort naturelle n'a contre elle aucune impossi-
1. Cf. pour loiil ceci, llévolution française, jugement rectiflcatif de Taolc de décès, XVII, 173 ; Bulletin de la Société historique d'AuleuH^ 4' trimestre, 1901, p. 83-8Ô; Carille, op. et loc, cil.
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bilité. Condorcet était d'un tempérament délicat, que Texcès du ravail intellectuel avait depuis longtemps usé et affaibli ; luimême, au début de la Convention, déclarait que sa santé était fort ébranlée* : les agitations de Tannée 1793, les troubles politiques, sa proscription ne la rétablirent point. Chez M"'' Vernet, il restait tous les matins au lit, étant fort sensible au froid ; et, dans ses lettres', M"' de Condorcet lui recommande de veiller sur lui ; elle lui envoie des vêtements chauds ^ Ainsi, en mars 1794, Condorcet nous apparaît comme un homme prématurément vieilli, usé : il a mené pendant neuf mois Texistence d'un reclus ; il est plus exposé que jamais à souffrir des intempéries. 11 sort de Paris à la fin de mars, alors que les nuits sont froides et humides; pendant 2 jours, il erre à l'aventure, couchant où il peut. Le 7, il ne peut plus marcher: il a mangé à peine : il est conduit en prison : la mort l'attend ; il ne reverra plus sa femme et sa fille. Faut-il s'étonner, si, dans ces conditions, un accident morbide quelconque a emporté cet homme exténué ?
Ainsi, comme ses derniers jours, la fin de Condorcet reste enveloppée de doute et d'obscurité : et, au point de vue historique, peut-être est-il quelque peu puéril de s'attarder à ces discussions de causalité : le seul point qui nous importe, c'est qu'en pénétrant le 28 mars dans la cellule du soi-disant Pierre Simon, le geôlier se trouva en présence d'un cadavre ; Condorcet était mort pendant la nuit.