Lettre communiquée par M. Bord
La mort de Condorcet demeura longtemps inconnue. Si les amis du proscrit, qui cherchaient à lui ménager une retraite sûre et s'occupaient de retrouver sa trace en ont été informés' de bonne heure, ils ne se sont point pressés de répandre Tévénement, de faire rectifier Tacte de décès du faux Pierre Simone Ce ne fut qu'au mois de nivôse an III que les journaux annoncèrent, comme officiel, le décès de l'illustre savant, et la nouvelle provoqua une profonde émotion *. On croyait Condorcet enfui, en sûreté : sa disparition sembla comme un crime posthume de la Terreur.
Devant la tombe ouverte, la haine, la jalousie se turent; les hommes politiques, qui avaient combattu ses idées, dénaturé ses intentions, ne purent refuser au disparu leur juste tribut d'éloges, et la Convention, qui l'avait proscrit, manifesta son repentir en rendant un hommage public à son génie. Le 6 germinal, le comité d'instruction publique chargea Daunou de demander à la Convention im décret autorisant la Commission d'instruction à acheter un grand nombre d'exemplaires du Prospectus^, Daunou s'acquitta de sa mission le 13 germinal: il demanda à l'Assemblée de prouver, en votant le projet de décret qui lui était soumis, l'estime qu'elle faisait de l'ancien conventionnel et les regrets que lui causaient sa mort*. La Convention vota l'achat de 3 OOOexemplaires.
1. La rectification est du 21 pluviôse an III. Cr. dans le Bulletin de la Société historique d'Auteitil et de Pawy (4* trimestre 1901, t. XXXVIII, p. 85- 85) le texte publié par M. Lazard. M"* de Condorcet fit aussitôt après de nombreuses démarches pour rentrer en possession de ses biens.