‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 50 sur 520 · Ass, provinciales, Œuvres, VIII · texte numérisé non relu

Ass, provinciales, Œuvres, VIII

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utile d'exclure, que cependant il serait difficile et peut-être dangereux d'exclure par un autre moyen *. » De plus les propriétaires n'ont aucune raison de faire de mauvaises lois, et de rendre le peuple malheureux. Hn matière de législation civile ou criminelle, ils ont les mêmes intérêts que les non-électeurs, puisqu'ils sont hommes ; en matière fiscale, ils ont un plus grand intérêt que quiconque à la bonne administration de l'Etat, puisqu'ils possèdent. « Il n'y a donc aucun danger à les rendre dépositaires et conservateurs des intérêts du reste de la société *. » En sorte que leur accorder le droit exclusif de voter, c'est assurer le bonheur du peuple entier, et préserver de toute atteinte l'égalité et la liberté nationales.

Ces arguments semblent si forts à Condorcet, qu'il n'hésite pas à établir entre les citoyens une nouvelle distinction. Reprenant une idée de Turgot, il divise les propriétaires en deux classes : ceux qui peuvent, et ceux qui ne peuvent pas vivre du revenu de leurs terres. Les premiers sont de moins en moins intéressés à la bonne gestion de l'État, à mesure que leur fortune augmente, les seconds, à mesure qu'elle diminue. Ceux qui ont le plus à souffrir du désordre des affaires publiques, sont ceux qui vivent exactement de leur rente, et dont le budget se solde en un équilibre périlleux ; ces propriétaires moyens sont les surveillants les plus zélés, les contrôleurs les plus diligents qu'on puisse renc<mtrer des actes gouvernementaux ^ Ils ne sauraient avoir plus d'une voix, mais ils doivent en avoir une entière, jouir de la plénitude de leurs droits; et l'utilité commune exige qu'ils disposent d'une influence prépondérante. Les riches sont peu nombreux ; et il suffit de leur refuser le suffrage plural pour les réduire à l'étal de minorité sans force et sans danger. Mais les possesseurs de petits domaines sont le nombre, la majorité : leur accorder à chacun une voix, c'est leur livrer le pouvoir, et par suite sacrifier la classe moyenne. Leur assigner d'autre part à tous la même condition électorale, c'est commettre une autre injustice, puiscfuils ont un intérêt variable à la prospérité de

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