LES ÉLECTIONS A PLUSIEURS DECRIAS
l'État ; Condorcet propose donc de leur octroyer seulement une fraction décroissante de suffrage, au prorata de leur fortune, c'està-dire de les autoriser, non point à participer eux-mêmes à Félection, mais à s'y faire représenter par un certain nombre d'électeurs : le droit de cité n'implique nullement le vote direct et immédiat ; il signifie la faculté de contribuer, soit directement, soit indirectement au choix d'un député ^
Les réserves qu'il a formulées rassurent Condorcet; ayant libéré le souverain des éléments anarchiques qui pouvaient le corrompre, il n'hésite plus à se confier à sa sagesse, et à lui permettre le plein exercice de son droit. Peu importe que l'élu soit riche ou pauvre, s'il mérite d'être nommé ; tous les citoyens seront donc éligibles, et ce n'est pas à multiplier les incapacités légales, c'est à entourer les élections de toutes les garanties de compétence, de sincérité et d'impartialité possibles, que le législateur doit s'attacher '^,
La première mesure qui s'impose est l'établissement du suffrage gradué. Choisir un candidat capable est une opération difficile et délicate, où le commun ne saurait réussir. Comment la plupart des petits propriétaires pourraient-ils porter un jugement éclairé sur la politique à suivre, ou les mérites respectifs des compétiteurs? Ils ont assez de bon sens pour distinguer ceux d'entre eux qui sont le plus honnêtes et le plus intelligents; ils ne sauront pas si tel individu est susceptible ou non de faire, mais ils sauront qu'il peut, mieux qu'aucun autre, nommer un bon député. Il ne faut rien leur demander de plus. Le rôle et le droit du peuple se bornent à désigner les électeurs du 2" degré, qui choisiront eux-mêmes les représentants de la nation ^
L'institution du suffrage à plusieurs degrés ne satisfait point Condorcet, qui réclame d'autres garanties complémentaires. Les résultats électoraux sont souvent viciés, soit par les intrigues des partis, soit par l'emploi d'un système défectueux de volation. 11 est relativement facile de remédier au premier ordre d'inconvénients; un sectionnement électoral judicieux, l'obligation imposée aux candidats de se faire connaître à l'avance et de s'enlourer