Ibid
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d'un certain nombre de parrains suffiront à éviter les assemblées tumultueuses, la brigue, la fraude, le succès des bommes de paille, ou des ambitieux sans scrupule. Mais il est très malaisé d'obvier au second péril, et, dans la plupart des États démocratiques^ les représentants du peuple ne sont que les élus de la minorité. Pour comprendre le fait, et pour y remédier, il faut recourir aux mathématiques*. Supposons 3 candidats. A, B, C en présence. Voter pour A, c'est déclarer que A est supérieur à B, et qu'il Test aussi à C. Voter pour B, c'est affirmer la même préférence double en sa faveur. Si nous combinons 3 par 3 toutes ces expressions arithmétiques, nous obtenons selon Condorcet, une série de 8 propositions. Deux sont contradictoires, et par suite doivent être supprimées (par exemple celle-ci : B vaut mieux que A ; A vaut mieux que C; C vaut mieux que B). Nous nous trouvons donc en présence des 6 formules suivantes, dont 2 sont favorables à chaque candidat.
a : A vaut mieux que B et C ; B vaut mieux que C. b : A vaut mieux que B et C ; C vaut mieux que B.
a : B vaut mieux que C et A ; C vaut mieux que A. h : B vaut mieux que C et A ; A vaut mieux que C.
a : C vaut mieux que A et B ; A vaut mieux que B. h : C vaut mieux que A et B ; B vaut mieux que A.
Dans les élections ordinaires, Télecteur se contente d'affirmer sa préférence en faveur d'un candidat; il omet de classer les autres par ordre de mérite. Dès lors on comprendra ce qui va se produire. Supposons que, sur 60 votants, 23 donnent leur voix à A, 19 à B, 18 à C; A aura la majorité relative, et sera légalement le représentant de ses concitoyens. Si les 23 électeurs de A préfèrent C à B; si les 11) votants de B préfèrent C à A, c'est pourtant le candidat C qui réunit sur son nom la majorité réelle des suffrages (42) et qui doit être proclamé élu.
On arrive à celte conclusion que le scrutin uninominal n'est acceptable que dans les cas où l'un des compétiteurs obtient la pluralité absolue ; dès (ju'il y a incertitude du corps électoral, dès
1. Ce qui suit est extrait de VEasai sur le calcul des probabilités,
LA PROCÉDURE ÉLECTORALR 37
que les candidats sont ballottés, il faut cesser d'y recourir. Condorcet demande l'organisation du vote multinominal, et voici ce qu'il propose dans sa 2* lettre d'un bourgeois de New-Haven. Un scrutin préparatoire désignera les 20 candidats qui seuls resteront en ligne pour Tépreuve finale. Les électeurs inscriront sur leur bulletin, par ordre de mérite, les noms qu'ils voudront. « Alors on verrait: 1° si un des vingt est décidé supérieur à chacun des 19 autres par la pluralité des voix et, alors il serait élu ; 2° si un second est décidé également, à la pluralité, supérieur aux dix-huit autres, il serait élu. Si aucun n'est décidé supérieur aux dix-neuf autres par la pluralité, alors on chercherait ceux qui ont été décidés par la pluralité supérieurs à dix-huit des autres, et inférieurs à un seul, et on préférerait successivement entre eux ceux pour lesquels la somme des voix qui les ont jugés supérieurs à un des dix-neuf autres est la plus grande '. »
Cette procédure est, il est vrai, infiniment longue et compliquée. Condorcet, qui ne fait aucune difficulté pour le reconnaître, cherchera, toute sa vie, à la simplifier; mais il ne consentira jamais à se départir des principes mathématiques qu'il a posés; il persistera à soutenir, que, sans classement des candidats, il ne peut exister d'élections sincères et véridiques, ni par suite de véritable gouvernement démocratique.
m. — Les députés ne doivent pas recevoir un mandat de longue durée *. S'ils étaient élus à vie, ils formeraient vite une ohgarchie tyrannique : le renouvellement fréquent du Corps législatif est une des sauvegardes de la liberté publique. Les représentants sortant de charge sont naturellement rééligibles indéfiniment ; l'honneur d'avoir été distingué par ses concitoyens ne saurait valoir à qui l'a obtenu une incapacité même temporaire. Attentatoire au droit naturel, l'interdiction de briguer à nouveau les suffrages des électeurs serait contraire à l'intérêt national, et risquerait de priver l'État des services d'hommes éminents. Toutefois la réélection des députés est, en soi, un événement peu souhaital)le : l'exercice du pouvoir incline volontiers les hommes vers