Éloge de Trudaine, (Euvres. II
3. Ce résumé est basé sur les travaux économiques de Condorcet dont CD connaît la liste. On renverra spécialement le lecteur aux Notes aur Voltaire, Œuvres, IV, 375.
44 l'idéal législatif
commerce des voies de communication ; plus la nature pourra agir librement, plus il y aura de routes et de canaux, plus les peuples seront heureux, plus ils pourront facilement importer ce qui leur manque, exporter ce qu'ils ont en excès. Or TÉtat est seul habile à déterminer les routes dont la construction est urgente, ou les améliorations qui s'imposent. — De même, il est de l'intérêt général qu'il ne reste en friche, dans le domaine national, aucune terre susceptible de culture, que les foyers de miasmes morbides soient détruits et purifiés, s'il y a moyen : et ce sont là encore des travaux qu'on nomme avec raison publics*. — Au point de vue moral, la société a le devoir strict de ne pas abandonner ses membres à l'ignorance ; et, comme il est pratiquement impossible de s'instruire soi-même, elle doit instituer des écoles publiques, combiner un système d'instruction nationale 2. — L'inégalité des hommes est enfin un malheur naturel que la raison déplore d'avoir à juger nécessaire. Mais il est entre les membres de la famille humaine une étroite solidarité; les pauvres, victimes de la nature, n'en sont pas moins des victimes, et l'État, investi d'une mission de justice, a le devoir d'aider ces infortunés et d'adoucir leur destina
Pour appliquer les lois, et pour exécuter toutes ces œuvres d'utilité générale, la société a besoin de ressources considérables: elle les prélève sur les fortunes individuelles, elle subsiste et agit grâce à l'impôt. Tant qu'elle se borne à leur démander la faculté de subvenir à des dépenses nécessaires, les contribuables ne peuvent légitimement lui refuser ces subsides ; bien plus, ils ont intérêt à les consentir : en échange d'un léger sacrifice, ils obtiennent de grands avantages*. Mais ces taxes ne sauraient être établies d'une façon arbitraire et variable ; il faut que l'impôt soit uniforme, que son assiette, sa quotité soient fixées par une mesure générale, équitable et impartiale, c'est-à-dire par une loi. Ainsi, à
1. Vie de Turgot, Œuvres, V, 185; Ass. provinciales, (Euvres, Vni,407.
3. Réflexions sur les blés, (Euvres, XI, 193-194; Eloge de Guetlardy Œuvres^ m, 221 ; eiAsi. prooincialesy (Euvres, Vllï, 452-488. Nous reviendrons plus lard (partie III, chap. 11) sur les idées pédagogiques de Condorcet.