LES DÉLITS DE PRESSE
tégrité de leur crédit, ôte à ceux qui trahissent la puissance de nuire : cette faculté d'accuser ne saurait avoir qu'une restriction : l'absence de sincérité; celui qui apporte, sciemment, des imputations fausses est un menteur, un perturbateur de l'ordre social ; il a commis un délit*. L'injure, seule, doit être, dans tous les cas, l'objet d'un châtiment sévère ; elle ne comporte pas de preuve ; elle ne souffre pas de justification ; elle crée un état de malaise et de suspicion ; elle atteint l'individu dans son honneur, et l'État dans sa sécurité.
Un homme peut en second lieu combattre par la plume ou par la parole des institutions existantes. La critique, même acerbe, d'un système politique, moral ou religieux, fùt-il consacré par les lois, ne saurait constituer un délit. Chaque citoyen a le droit absolu de penser selon sa nature ; il n'est au pouvoir de personne de lui imposer la reconnaissance servile d'un dogme. Ce droit entraîne pour lui le devoir de publier ses opinions, de signaler à l'attention de la nation les erreurs qu'il a discernées*. Celui qui s'élève contre une religion la juge fausse et mauvaise : le crime consisterait pour lui à se taire ; il n'est que les indifFérents pour ne pas s'indigner des abus. « C'est un droit absolu pour chacun de professer publiquement toute opinion que l'on croit vraie ^ » et, d'autre part, le peuple a besoin d'être éclairé. « On peut même dire que le droit de choisir dans la recherche de la vérité le guide qu'on préfère est encore un de ces droits naturels*. »
Le délit naît, lorsque l'écrivain ou l'orateur ne se contente point de critiquer une théorie, mais produit sa critique sous une forme blessante et injurieuse pour la conscience d'autrui, ou surtout lorsqu'au lieu d'en appeler à la raison de ses concitoyens, il excite leurs passions, et les provoque à des actes de violence. Un blasphème peut être considéré comme un délit, parce qu'il est une insulte adressée à toute une classe d'hommes, et qu'il risque d'entraîner des suites dangereuses pour l'ordre public. Un écrit