‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 79 sur 520 · Ass. provinciales y Œuvres, VIII · texte numérisé non relu

Ass. provinciales y Œuvres, VIII

3. Réflexions sur les corvées. Œuvres, XI, 64; Vie de Voltaire, (Kuvres, IV, 18; Notes sur Voltaire. Œuvres, IV. 532.

portable, moins odieux, que celui d'une catégorie nouvelle d'anoblis, de parvenus, les nobles de robe*. Condorcet éprouve pour ceux-ci une haine passionnée, qu'expliquent peut-être un peu son origine aristocratique, mais surtout l'attitude de la magistrature envers les Encyclopédistes et Dupaty, les scandales judiciaires qui ont éclaté au xviii* siècle, les procès de Calas, de la Barre, et des roués. Les juges transmettent, pour la plupart, leurs charges à leurs fils ; ainsi la mission de rendre la justice est devenue l'apanage d'un petit nombre de familles étroitement solidaires; c'est une sorte de fief, commun à plusieurs lignées féodales ; et, si quelque poste est vacant, les nobles ou les bourgeois pauvres, quelles que soient leur probité ou leur science, ne peuvent y prétendre par suite de la vénalité. La noblesse de robe apparaît donc comme une oligarchie fermée, soustraite à tout contrôle, à toute influence extérieure, hostile à tout progrès, indifférente aux abus, et qui se fait remarquer plutôt par la richesse, que par le mérite de ses membres. Vivant de la justice, ceux-ci la transforment en commerce ; la mission sacrée, dont ils étaient investis, est devenue entre leurs mains un instrument effroyable d'oppression et de tyrannie*.

Enfin, plus tard encore, à côté d'eux, s'est développée une dernière aristocratie, celle des gens de finance, « toujours plus importants à mesure que l'État se ruine, et que les autres classes s'avilissent^ », qui, par le spectacle de leur luxe insolent, avivent chez les pauvres le sentiment de leur misère, incitent les citoyens à des dépenses exagérées ou inutiles, augmentent l'inégalité des conditions sociales, soulèvent partout des passions mauvaises, la jalousie, l'ambition ou la haine.

Cette rupture, de plus en plus prononcée, de l'égalité naturelle au profit d'une minorité n'a pu évidemment se produire que par îa tolérance des pouvoirs publics : le gouvernement, en effet, n'y a jamais mis obstacle. Il a permis aux prêtres d'accumuler entre leurs mains un tiers de la propriété foncière, de percevoir néanmoins les redevances accoutumées, de former un corps dans

L Correspondance avec Turgoty i6 el passim.

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