LES INÉGALITÉS SOCIALES
TÉtat, et de se gouverner eiix-méines souverainement ^ Il a accepté d'entretenir indéfiniment, aux frais des contribuables, des agents inutiles ; il a laissé les nobles en possession de tous leurs privilèges; bien plus, il a consacré par son silence, parfois il a reconnu et sanctionné explicitement leurs usurpations. Il a admis le principe de la vénalité des charges, autorisé la transmission héréditaire des offices de judicature. Il a souffert enfin les spéculations des gens de finance.
Loin de contrarier cette évolution, le gouvernement la favorisée de tout son pouvoir; il a, partout et par tous les moyens, créé, développé le régime du privilège. En inscrivant dans la loi le principe du droit d'aînesse, il a empêché la circulation des biens et consacré, au profit d'un enfant, une injustice qui lèse tous les autres. Il a réservé les emplois militaires aux nobles. Bien plus, à ces favorisés, il a consenti une nouvelle et plus large faveur, la franchise d'impôts - : la noblesse, qu'elle soit d'épée, de robe ou de finance, paie peu ou point ; le clergé paie ce qu'il veut. Ainsi la nation est divisée en deux classes ; Tune, la plus nombreuse, qui n'a droit à aucun honneur, aucune distinction, et qui acquitte presque en entier les contributions publiques ; l'autre, infime minorité, qui accapare les honneurs, les dignités, et ne contribue pas aux charges du pays qui les paye. Il est impossible d'imaginer un état de choses plus déplorable, une rupture plus complète de Tégafité naturelle.
La nation française ne jouit pas davantage de la Hberté. La liberté personnelle n'existe pas dans un pays où une lettre de cachet permet d'enfermer un homme pour toute sa vie, sans qu'il connaisse seulement le crime dont il est accusé, où les juges rendent leurs arrêts sans avoir entendu la défense des prévenus, ni discuté contradictoi rement les faits et les témoignages produits à l'audience, où, à défaut de preuves, la loi autorise le tribunal à administrer la torture et à enregistrer, comme des aveux décisifs, les plaintes, les propos incohérents que la douleur arrache au patient ; où la justice jure avec la simple humanité *. Peut-on