Cf. Vie de Tuigot. Œuvres, V
6i LES ABUS
vernement semble prendre à tâche de les contrarier ; il cède aux mouvements tumultueux d'une foule ignorante qui prend pour des tentatives d'accaparement des œuvres de prévoyance, et réclame le châtiment de ceux qui se dévouent à ses intérêts ; il oblige les détenteurs de blé à s'en défaire ; il fixe le prix maximum auquel les grains peuvent être vendus, et il ne réussit ainsi qu'à aggraver la panique, et à clfrayer les marchands *.
L'industrie n'est pas mieux partagée que l'agriculture. Le nombre des métiers étant limité, les effets de la concurrence deviennent insensibles; l'offre ne correspond plus à la demande, et la hausse des cours restreint la consommation. De plus, le fabricant n'est pas libre de fabriquer à sa fantaisie ; FËtat lui impose un type, une qualité, donc un prix de revient, dont il ne peut s'écarter. Il en résulte que l'industrie nationale se trouve, de par la loi, dans l'incapacité absolue de satisfaire à tous les besoins du pays, qu'elle manque de souplesse, de variété, de ressort, parce qu'elle manque de liberté ^. Cette situation si fâcheuse est encore aggravée parles entraves qui gênent le commerce intérieur. Il serait nécessaire que l'excédent de la récolte d'une province pût, à chaque moment, venir combler le déficit de la province voisine, chaciue manufacture expédier au loin, vite et à peu de frais, les produits de sa fabrication. Le régime prohibitif aboutit à un résultat contraire : une série de barrières, douanes, péages, octrois, arrêtent les marchandises en transit, augmentent le coût et la lenteur des transports ; le consommateur paye très cher ce qu'il achète ; l'industriel n'y gagne rien ^. Tout comme le commerce intérieur, le commerce extérieur est paralysé par un étonnant système de prohibitions. A la saine maxime des physiocrates : u Laisser faire, laisser passer », le colbertisme substitue la formule : « Interdire et arrêter » ; au jeu naturel des forces physiques, il substitue la décision abusive et arbitraire de la loi. Les douanes s'ouvrent trop tard devant la denrée avilie ; elles se ferment d'autant plus exactement que le marché est plus resserré et les cours plus élevés. Ainsi le peuple, qui doit, par la faute du gouvernement,
1. Monopole et monopoleur. Œuvres, XI, 34-58; Réflexions sur le commerce des blés. Œuvres, XI, 202 et sq..