ASSEMBLÉES PROVINCIALES
moyens de prendre conscience des droits qui lui appartiennent et de les exercer, le jour venu. 11 convient d'abord de former une nation d'hommes éclairés, qui veuillentetsachent juger par eux-mêmes, d'esprits libres, qui travaillent à s'affranchir sans cesse davantage des préjugés et des superstitions, des sujétions du passé ou du milieu. L'instruction publique ^ ne doit pas seulement permettre aux enfants de révéler, jeunes, leurs aptitudes originales, de choisir, en temps opportun, leur carrière, et de procurer ainsi à la société tout le bien-être, tout le profit dont leur nature était capable ; elle poursuit un autre but, et plus noble encore ; elle doit mettre les futurs citoyens à même de contribuer, en connaissance de cause, à la formation des lois et au développement des libertés nationales. La République et l'esprit civique sont évidemment solidaires. Le jour où cet esprit se sera révélé, la République existera virtuellement, il ne restera plus qu'à la proclamer. Pour que cette substitution du nouveau régime à l'ancien s'accomplisse sans violences et sans crise, il importe de tout préparer à Favance. Parmi les réformes immédiatement nécessaires, il convient donc de placer l'institution de certains organes, par lesquels le peuple fera entendre, de plus en plus impérieusement, sa voix ; dont l'action sera de plus en plus forte et efficace, dont l'importance croîtra par une évolution continue. Avec Turgot, avec la plupart des économistes, Condorcet se prononce en faveur d'une hiérarchie d'assemblées élues, assemblées de commune, assemblées de province, assemblée nationale. Si importante lui a paru l'institution qu'il lui a consacré un volumineux essai, et que, même au moment de la convocation des Ëtats Généraux, il regrettera qu'elle n'ait pas été réalisée. 11 s'applique à réfuter les critiques dirigées contre elle ; il indique (s'il est nécessaire de transiger avec les préjugés, les erreurs du présent) certains compromis acceptables ; Montesquieu a condamné comme dangereuses les assemblées intermédiaires : mais il s'est trompé ^. L'opinion publique est toujours une force, quel que soit le gouvernement. Le plus souvent, elle ne se fait pas entendre distinctement : est-ce cette confusion, cette inintelligibilité des vœux généraux que