‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 86 sur 520 · ASSEMBLÉE NATIONALE · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉE NATIONALE

lions étendues : ils feront acte d'administrateurs ; chargés de repartir l'impôt, de contrôler les dépenses de la province, d'arrêter, à chaque session, le programme des travaux à entreprendre et d'en surveiller l'exécution, ils acquerront peu à peu le goiit, l'habitude et la pratique des affaires publiques. Ainsi, à mesure que réducation développera chez les citoyens l'esprit civique, les élections aux Assemblées provinciales et les délibérations de ces assemblées feront naître et entretiendront dans le pays la vie et le sens politiques.

11 est aisé enfin, de comprendre l'intérêt capital que présente aux yeux de Condorcet la réunion d'une Assemblée nationale. L'institution de ce conseil suprême marquera d'abord nettement que les anciennes divisions administratives ne sont que des divisions factices et conventionnelles, que la France est une, que tous les citoyens y ont les mêmes droits, qu'ils doivent reconnaître les mêmes lois. Elle rendra un second service, plus signalé encore, au pays. La constitution française n'a pas été approuvée par le peuple ; on ne peut même prétendre qu'elle se perpétue par consentement tacite, car les États Généraux ont été trop rarement réunis : Ton n'est donc pas astreint à la respecter. Le droit de la réviser n'appartient en principe qu'à une Assemblée élue spécialement pour cet objet ; mais « dans les circonstances graves, une assemblée convoquée par le chef de l'État peut être regardée comme légitime et nationale, pourvu que la généralité des citoyens y soit représentée d'une manière égale et libre* ». Ainsi l'Assemblée nationale aurait toute l'autorité nécessaire pour changer l'organisation politique de la France, ou pour régler le mode d'après lequel la nation serait appelée à exprimer sa volonté. Condorcet n'a pas, et cela se comprend aisément, insisté sur cette observation ; il n'a pas voulu préciser plus nettement le rôle, l'action que, d'après lui, l'organe nouveau aurait à jouer; il ne peut cependant, à notre sens, subsister aucun doute sur sa pensée intime. L'Assemblée nationale, si faible que fût au début son autorité, était, dans son esprit, destinée à assurer un jour le triomphe de la souveraineté populaire.

m. — Mais ces mesures, quelque pressantes et capitales qu'elles

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