A 8s, Provinciales j Œuvres, VIII
soient, ne sauraient alléger les souffrances de la nation ; or le bonheur du peuple est le but essentiel du réformateur. La liberté politique n'est qu'un moyen : la félicité publique dépend de la législation ; c'est donc la législation qu'il importe surtout de revoir et de corriger.
Parmi les quatre catégories de lois que nous avons distinguées plus haut, il en est deux dont la réfection apparaît à la fois au philosophe comme particuhèrement urgente, en raison du mal que causent leurs erreurs, et comme particulièrement difficile, en raison de la complexité des problèmes à résoudre : ce sont les lois civiles et fiscales. Le droit d'acquérir, de posséder, de transmettre son héritage à ses enfants appartient, de par la nature, à tous les hommes. Dans la société contemporaine, un certain nombre d'individus en ont été légalement, mais injustement dépouillés, soit à cause de leurs opinions religieuses, soit parce qu'ils sont, par eux-mêmes ou parleurs aïeux, des captifs et des vaincus. Comment détruire tous ces abus ? Est-il possible même de rendre à tous ces êtres la liberté personnelle et l'égalité civile ?
Pour les dissidents (du moins pour les protestants, car Condorcet ne semble pas s'être occupé des juifs avant 1789), la question ne saurait faire de doute. Bien que l'esprit fanatique ait survécu dans les rangs du clergé, que Calas et Sirven en aient été victimes, l'esprit de tolérance s'est fortifié et répandu, grAce aux progrès de la science, grâce aux efforts des philosophes, et de Voltaire au premier chef. Ledit de 1787 a été une première satisfaction donnée aux revendications de la justice : le temps la rendra plus complète et plus éclatante. Le principe de la tolérance a vaincu ; cela suffit pour considérer la cause des protestants comme gagnée. Il en est de même de celle des serfs. La révélation, qu'il en existait encore à la fin du xviii« siècle, a provoqué un mouvement général d'indignation et d'horreur. Le moment est venu de consacrer par une loi l'abolition d'un abus odieux, et la puissance publique pourra d'autant plus aisément édicter cette mesure que la suppression du servage ne saurait entraîner le payement d'aucune indemnité * .
Mais beaucoup plus délicat est le problème de l'esclavage. Au