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quelque temps, à proclamer Tintangibilité des privilèges et des abus. Leur passion démocratique céderait vite, s'ils étaient exonérés de toute charge nouvelle, et la misère des autres les trouverait indilFérents. Ils n'auraient garde de réclamer une Assemblée nationale, où leur cause serait perdue d'avance ; avec les États Généraux, ils ne risquent rien : les justes réclamations du tiers se heurteront à leur double veto, et l'événement qui devrait ouvrir à la nation une ère de bonheur aura seulement manifesté l'impuissance où elle est de faire triompher légalement ses droits.
Condorcet supplie ses concitoyens et le. gouvernement de ne pas tomber dans le piège qui leur est tendu. Pour ramener la paix en France, il faut que l'Assemblée future soit vraiment nationale, qu'elle soit élue sans distinction d'ordres par la collectivité des électeurs, ou, du moins, que les députés des trois ordres y siègent confondus. Dans une curieuse Requête au Roi restée inédite, Condorcet demande au gouvernement de rendre de suite toutes les Assemblées provinciales électives, et d'appliquer le système employé au recrutement de l'Assemblée nationale*.
Ces observations sont singulièrement originales, neuves et profondes ; mais Condorcet est isolé. Il n'a pas hésité à rompre avec la tradition historique : c'est la tradition que suit le courant populaire, et c'est elle qui l'emporte. Le 8 août 1788, Brienne annonçait la convocation des Etats pour le l*"" mai 1789.
La nouvelle parvint vraisemblablement à Condorcet, au moment où il revoyait les épreuves de son Essai sur les Assemblées provinciales, qui lui avait coûté tant d'efforts et qui devenait presque inutile. 11 tint à ajouter à son œuvre un post-scriptum, où il s'expliquait sur la décision royale. Il ne cachait point ses regrets et ses craintes, déclarait que le délai imparti jusqu'aux élections était bien court pour dissiper les préjugés, apprendre aux électeurs les principes nécessaires. « Quel homme, écrivaitiP, accoutumé à réfléchir sur ces objets ne sera pas effrayé de voir, d'un côté une foule de dispositions qui rendraient le bien impossible pour une longue suite de générations, en opposant à tout perfectionnement des obstacles plus grands que ceux dont